Sur le plan tactique, l’été brûlant offre l’occasion aux verts de retrouver une place dans le débat public. Mais pour réussir leur remontada, les verts devront éviter plusieurs écueils. ...
Depuis plusieurs années, les verts souffrent sur le plan politique. Les chocs géopolitiques se succèdent et relèguent leurs idées au second plan. Déclenchée par l'ogre russe en 2022, la guerre en Ukraine a fait basculer le continent européen dans une ère d'incertitude. Les États doivent se réarmer dans l'urgence et mobilisent, à cette fin, des budgets considérables.
Dans ce nouvel environnement sécuritaire, marqué par le retour des empires sur la scène internationale, Ecolo a semblé moins à son aise. Ce n'est pas le terrain naturel sur lequel son ADN politique peut pleinement s'exprimer. Ce contexte a sans doute pesé lors des élections de juin 2024 : Ecolo y a essuyé une lourde défaite, dont ses cadres peinent encore à se remettre.
Mais cet été caniculaire pourrait rebattre les cartes et replacer les verts au centre du jeu. Les vagues de chaleur accablent les populations, la sécheresse ravage les cultures, les parcs et les jardins, tandis que les terribles incendies qui frappent le sud de l'Europe impressionnent par leur ampleur. Autant de phénomènes qui portent la marque du réchauffement climatique, dont les dangers sont depuis longtemps pointés par les formations écologistes.
Ecolo, un univers impitoyable: "Le parti a détruit pas mal de gens"Les prochains sondages seront particulièrement instructifs. Les écolos parviendront-ils à regagner du terrain dans les intentions de vote ? Sans boule de cristal, impossible de prédire leur futur politique. Pour réussir sa remontada, Ecolo devra en revanche éviter quelques écueils.
"On a perdu un an"Premier impératif : tourner la page des turbulences internes qui ont profondément affaibli le parti. Il y a quelques mois, les verts ont traversé un épisode traumatique qui s'est soldé par la double démission de leurs anciens dirigeants, Marie Lecocq et Samuel Cogolati. Les deux coprésidents n'étaient pas parvenus à s'accorder sur la manière de réformer le parti. Depuis mars, un nouveau duo a toutefois pris les commandes : Marie-Colline Leroy et Gilles Vanden Burre.
Si cette nouvelle coprésidence semble avoir épargné au parti les psychodrames de la précédente, le duo reste au pied du mur. Sa mission est claire : repositionner Ecolo et lui permettre de renouer avec une dynamique politique. "On a quand même perdu un an avec la crise au sein de l'ancienne coprésidence", peste un écologiste haut placé. Mais cette source veut croire à une embellie : "Gilles et Marie-Colline sont en action, le parti est en train de se relancer."
"Un moyen pour l'extrême droite ou la droite de ne pas parler de climat" : en France, les Écolos responsables de tous les maux d'un été dantesqueReste à savoir si le nouveau tandem parviendra à imposer sa formation dans le paysage médiatique. Depuis des années, Ecolo souffre d'un déficit d'incarnation de son message politique, un handicap qui se paie cher dans les urnes. Interrogé par La Libre, Gilles Vanden Burre assure toutefois que son parti est désormais en ordre de bataille. "Les évènements de cet été seront évidemment au cœur de notre rentrée politique, confie-t-il. Ecolo est prêt. Nous avons des solutions et des propositions pour le court terme, le moyen terme et le long terme. Tous les leviers de l'État doivent être mobilisés dans cette lutte contre le réchauffement climatique et ses effets, ce qui n'est pas le cas pour le moment."
Gilles Vanden Burre (Ecolo) : "Sur le climat, Jean-Luc Crucke doit en faire beaucoup, beaucoup plus"Ne pas faire peurDeuxième écueil pour les capitaines écologistes : s'enfermer dans un récit apocalyptique au risque de faire fuir les électeurs. Depuis plusieurs années, Ecolo s'efforce de défendre un programme qui dépasse largement les seules questions environnementales et climatiques. Économie, politique sociale, mobilité, gestion budgétaire, relations internationales : les Verts entendent investir l'ensemble des champs de la vie publique.
Mais face à l'ampleur des conséquences du changement climatique, la tentation pourrait être grande de ne plus parler que de réchauffement et de CO2. Ce serait une erreur tactique. "Tirer la sonnette d'alarme ne suffira pas pour remettre l'écologie au centre du jeu", commente une source. Les gens considèrent comme prioritaires les questions de la fin du mois, du logement, de la mobilité… Ce qui est normal."
La coprésidence actuelle devra donc réussir un exercice d'équilibriste : replacer Ecolo au premier plan face à l'urgence climatique, sans donner prise à ses adversaires en véhiculant l'image d'un parti adepte d'une décroissance radicale, déconnectée des réalités socio-économiques de la population. À défaut, les écologistes risqueraient de tendre eux-mêmes le bâton pour se faire battre.
Samuel Cogolati quitte la politique et prend la tête de Caritas BelgiqueLe discrédit de l'écologieUn autre phénomène pourrait également contrarier la remontée des écolos : l'hostilité convergente des autres formations politiques. En Belgique, mais aussi plus largement en Europe, les écologistes ressentent un certain isolement. "Ces dernières années, une mécanique de discrédit de l'écologie a été actionnée, un vrai bashing, commente le même informateur Ecolo. Toutes les autres formations y ont participé : PS, MR, PTB… Pourquoi ? Parce que l'écologie est en dehors de leur cadre de pensée reposant sur la croissance à tout prix."
Le retour éventuel d'Ecolo dans les intentions de vote pourrait ainsi se heurter à une concentration des attaques politiques contre les verts. Leurs adversaires leur reprochent notamment une erreur historique : avoir combattu le nucléaire, alors même que cette source d'énergie décarbonée est désormais considérée comme stratégique par certains acteurs dans la lutte contre le dérèglement climatique.
La remontada d'Ecolo dépendra de la capacité de ses leaders à s'emparer de l'urgence climatique et de leur aptitude à convaincre, à s'imposer dans le débat public. L'été brûlant leur offre une opportunité politique.
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