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Changement climatique, bioagresseurs... Comment la mortalité des arbres en France a-t-elle doublé en dix ans?

Дата публикации: 25-08-2026 11:57:30

Depuis 2008, l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) suit la mortalité des arbres en France. Après une période de stabilité pendant les huit premières années d'observation, la courbe n'a cessé de s'accroître. Désormais, chaque année, 17 millions de m3 d'arbres meurent, contre 7,4 la décennie précédente. Explications.

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Publié aujourd'hui à 13h57

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BFM

Marie Ramaugé avec Florent Bascoul

Depuis 2008, l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) suit la mortalité des arbres en France. Après une période de stabilité pendant les huit premières années d'observation, la courbe n'a cessé de s'accroître. Désormais, chaque année, 17 millions de m3 d'arbres meurent, contre 7,4 la décennie précédente. Explications.

Moins spectaculaire qu'un incendie, mais tout aussi catastrophique. La mortalité des arbres a doublé en dix ans. L'Inventaire forestier national dressé par l'IGN recense près de 17 millions de mètres cubes d'arbres morts chaque année, contre une moyenne de sept jusqu'en 2013.

Pour le Département santé des forêts du ministère de l'Agriculture, cela représente 670.000 hectares dépérissants, soit 5% de la forêt française. L'équivalent de seize fois la superficie brûlée cet été lors de l'incendie de Gironde, ou la totalité des dégâts causés par les incendies en France entre 1993 et 2013.

Les effets induits par cet été caniculaire

Et l'été caniculaire ne va rien arranger à la situation. Partout en France, les balayeuses et les souffleuses se sont mises en marche pour ramasser les feuilles mortes, tombées des arbres.

"Les arbres supportent relativement bien les canicules", souligne auprès de l'AFP Serge Muller, professeur émérite du Muséum National d'Histoire Naturelle. Mais lorsque "la canicule se double d'une sécheresse, à ce moment-là, il n'y a plus d'eau, et l'arbre adopte une stratégie de survie".

Pour les dégâts éventuels causés par ces vagues successives de chaleurs intenses et de privation d'eau, il faudra attendre encore plusieurs mois, comme l'explique à BFM, Antoine Colin, chef adjoint du service de l’information forestière à l’IGN Nord Est. "Les feuilles sont complètement desséchées. C'est une forme de résistance de l'arbre, de résilience. Ça se met complètement en arrêt végétatif, avec le risque, au printemps prochain, qu'il n’ait pas assez reconstitué ses réserves d'énergie pour redémarrer et refaire des feuilles."

Le scolyte, un insecte qui fait des ravages

Ces dernières années, 90.000 hectares de forêts composées d’épicéas ont subi les attaques du scolyte, un insecte de la famille de coléoptères qui creuse des galeries sous l'écorce pour pondre ses œufs. Une fois écloses, les larves se nourrissent du bois et coupent la circulation de la sève, tuant l'arbre.

"Je me suis retrouvée dans une parcelle d'épicéas complètement 'scolytée', plusieurs dizaines d'hectares. C'est assez impressionnant de se retrouver dans une forêt avec que des arbres morts autour de soi", témoigne Annaelle Pineau, cheffe de l'inventaire forestier Nord Est de l'IGN, pour BFM.

Cette crise, principalement concentrée ces dernières années dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté, s'étend de plus en plus au reste du territoire, et ne se contente pas des épicéas. Ainsi, à Bordeaux, la préfète a demandé à hâter le nettoyage des bois calcinés par l'incendie pour éviter la prolifération des parasites parmi lesquels, le scolyte, mais aussi, le némapode du pin, un ver qui s'attaque aussi à l'arbre.

Cartographie des arbres morts dans les forêts de France hexagonale entre 2003 et 2024Cartographie des arbres morts dans les forêts de France hexagonale entre 2003 et 2024 © IGN

D'autres "bioagresseurs" comme les champignons et les bactéries, complètent ce tableau. L'épicéa est devancé pour deux arbres emblématiques des forêts françaises au palmarès des essences les plus touchées par les phénomènes de mortalité.

Le châtaignier cumule des problèmes de bioagresseurs exotiques comme le cynips, une guêpe, ou subir des infections graves comme le chancre ou l'encre, ainsi que des problèmes de peuplements vieillissants, de sylviculture… Le frêne est sur la deuxième marche du podium, décimé par la chalarose, un champignon introduit en France dans les années 2000.

Leurs attaques sont d'autant plus redoutables qu'elles sont favorisées par les conditions météorologiques extrêmes, causées par le changement climatique.

Les pluies abondantes

34% des tests effectués pour trouver l’origine de la mort des arbres a mis en cause la pluie. Au printemps, des précipitations abondantes sont du pain béni pour les insectes ravageurs ou le gibier, comme le cerf ou le chevreuil, qui risquent alors de se tourner vers les plus jeunes arbres.

Annaelle Pineau en fait la démonstration avec l'extrémité d'un jeune hêtre mangée. "Les cervidés avec leurs bois, se frottent et enlèvent l'écorce. La partie haute, qui n'a plus de montée de sève, meurt, alors que la partie basse, elle peut encore survivre. L'arbre n'est pas condamné, mais il n'aura pas un développement normal", illustre-t-elle.

Compenser les pertes avec de nouvelles plantations

En dépit de cette mortalité en hausse, les nouvelles plantations compensent le déficit et la surface boisée en France s'accroît. Mais le dépérissement des arbres ne doit pas être négligé tant la forêt française remplit de nombreuses missions notamment comme puits de carbone.

Le ralentissement de la croissance des arbres entraîne une plus faible absorption du carbone par la forêt française : 39 millions de tonnes de CO2 par an en moyenne sur la période 2014-2022 contre 63 millions de tonnes de CO2 par an de 2005 à 2013. Ce constat est partagé par le Haut conseil du climat (HCC) qui, le 27 septembre 2024, avait également souligné "l'insuffisance des plans visant la reconstitution du puits carbone forestier".

"Concrètement, ce hêtre-là (qui est a été endommagé) n'absorbe plus du tout le dioxyde de carbone. La photosynthèse est terminée jusqu'au printemps prochain. A contrario, il y a des arbres qui vont mourir. Ils vont émettre du CO2. Donc finalement, le bilan entre les entrées et les sorties se réduit. La forêt continue d'absorber du CO2 mais de moins en moins", déplore Antoine Colin.

De nombreux instituts français réfléchissent aux façons de créer des forêts plus adaptées aux conditions qu’on connaîtra dans 30 ou 40 ans.

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