À deux mois de l’inauguration de Kanal – Centre Pompidou, le ministre-président bruxellois tente d’obtenir le licenciement de son patron, Yves Goldstein. Boris Dilliès (MR), qui veut reprendre la main sur le projet culturel phare de la capitale, s’est heurté à une forte résistance d’Ahmed Laaouej (PS). Une décision doit être prise ce vendredi. ...
La demande a frappé l'assemblée de stupeur ce jeudi lors de la réunion du gouvernement bruxellois. Le ministre-président Boris Dilliès (MR) a informé ses collègues de sa volonté de procéder au licenciement immédiat d'Yves Goldstein, directeur général du musée Kanal – Centre Pompidou. Une initiative qui a fait l'effet d'une déflagration au sein de l'exécutif et suscité d'intenses échanges, dans une ambiance tendue. "La réunion était horrible…", glisse une source libérale.
Ahmed Laaouej (PS), numéro deux de l'exécutif, s'est frontalement opposé à ce coup de couperet, appelant le ministre-président à mesurer les lourdes conséquences opérationnelles et juridiques d'un tel acte.
"Boris Dilliès est arrivé comme si le PS allait accepter ce licenciement sans sourciller. Mais il s'est fait coincer par Ahmed Laaouej, qui a aligné les arguments juridiques pour bloquer de facto la manœuvre du MR", confie une source bruxelloise. "Et ce, alors qu'il est pourtant clair, et le MR n'est pas le seul à le penser, qu'il y a un vrai problème de confiance avec Yves Goldstein chez Kanal…"
En théorie, le chef du gouvernement dispose seul de l'autorité pour exiger de la SAU (la Société d'Aménagement Urbain) la rupture du contrat d'Yves Goldstein, chargé de mission par le gouvernement bruxellois.
Mais face à la menace d'un blocage politique majeur, au terme d'un conseil des ministres sous haute tension de près de quatre heures, Boris Dilliès a renoncé à passer en force.
Un ultimatum sous haute tensionLe patron de Kanal a été convoqué d'urgence au cabinet du ministre-président dans la foulée. Une ultime tentative de conciliation pour éviter l'explosion, achevée sans accord définitif. Selon nos informations, Boris Dilliès a posé un ultimatum à Yves Goldstein, lui laissant le choix entre un licenciement sec ou un maintien en poste très encadré jusqu'à l'inauguration du 28 novembre. S'il reste, le directeur devra s'effacer : exclusion des conseils d'administration, perte de la gestion budgétaire et interdiction de siéger au jury chargé de désigner son successeur.
Une sortie de crise bancale visant à sauver la face et à éviter un mouvement de grève du personnel à quelques semaines de l'ouverture.
guillement"Kanal doit être la vitrine internationale de Bruxelles. Malmener l'institution et inquiéter son personnel à l'approche du couperet, c'est jouer avec le feu".
Le directeur général doit faire part de sa décision ce vendredi. En cas de refus, l'option du licenciement direct reste sur la table. "Kanal doit être la vitrine internationale de Bruxelles. Malmener l'institution et inquiéter son personnel à l'approche du couperet, c'est jouer avec le feu", alerte une source politique à gauche de l'échiquier.
Ancien chef de cabinet de Rudi Vervoort (PS), Yves Goldstein pilote depuis ses débuts ce chantier pharaonique. Un projet porté à bout de bras par la famille socialiste, en dépit d'une facture particulièrement lourde pour les deniers régionaux : plus de 230 millions d'euros d'argent public y ont déjà été injectés.
Boris Dilliès veut reprendre la main sur KanalComment expliquer une telle inimitié ?
Derrière cette offensive, Boris Dilliès entend reprendre le contrôle politique du musée, touché récemment par un incendie, et dont l'inauguration est espérée pour le 28 novembre.
Si Yves Goldstein avait annoncé en mai son départ anticipé pour début 2027, la transition a tourné à la guerre ouverte.
L'accord du 23 juillet destiné à renouveler le conseil d'administration — censé être présidé par Michèle Sioen (ex-FEB) — reste au point mort.
Le MR refuse catégoriquement que l'équipe sortante désigne le futur directeur général. Or, la procédure de sélection a déjà été lancée et Yves Goldstein siège parmi les jurés. "Il use de manœuvres dilatoires pour que l'ancien CA choisisse son successeur", accuse un proche du dossier.
Contacté par La Libre, Yves Goldstein n'a pas répondu à nos sollicitations. Selon plusieurs sources, le patron de Kanal conteste en réalité la légalité du nouveau CA pressenti, estimant qu'il enfreint les équilibres politiques garantis par le Pacte culturel bruxellois.
Choc de visions et cure d'austéritéQuoi qu'il en soit, le chef de l'exécutif est déterminé à garder le contrôle politique sur le dossier. "Le gouvernement a financé 100 % du musée, tandis qu'Yves Goldstein n'y a rien apporté sur le plan financier. Ce n'est donc pas à lui de trancher sur l'avenir du projet, d'autant que sa vision ne correspond plus du tout à celle de la nouvelle majorité", résume une source proche du dossier. "Il faut sauver Kanal."
Boris Dilliès a rappelé s'être impliqué personnellement pour garantir l'ouverture de novembre en permettant le déblocage d'un prêt indispensable de 60 millions d'euros. Il n'est pas question, pour le MR, d'octroyer un financement, sans avoir ensuite la main sur la gestion du musée.
"Obtenir ce montant comporte un vrai coût politique pour le MR, qui a dû négocier la libération des fonds auprès du ministre du Budget, Dirk De Smedt. Même si ce n'est pas son projet à l'origine, Boris Dilliès croit beaucoup au potentiel de Kanal, dont il veut faire un phare pour Bruxelles", souligne une source gouvernementale.
Yves Goldstein n'approuvait pas la nouvelle stratégie budgétaireDans plusieurs partis, certaines sources estiment que le projet a été surdimensionné par la vision "maximaliste" d'Yves Goldstein. Tous, ou presque, reconnaissent toutefois que le projet, en partie grâce à son travail, constituera un atout énorme pour la capitale.
De son côté, Yves Goldstein n'a jamais caché son opposition aux réorientations stratégiques et à la cure d'austérité imposées par le gouvernement Dilliès, en rupture avec la ligne portée sous la mandature de Rudi Vervoort.
Yves Goldstein annonce son départ de Kanal et met en gardeEn mai, dans des entretiens accordés au Standaard et au Soir, il avertissait déjà : "Avec dix millions d'euros de subsides annuels, il n'y aura plus de Kanal, plus de musée. Il n'y aura plus l'institution que nous avons construite avec une programmation au service des artistes bruxellois."
La baisse décrétée par la nouvelle équipe régionale est en effet radicale. La dotation annuelle, fixée à 28 millions d'euros en 2026 (une enveloppe déjà revue à la baisse par rapport aux 35 millions prévus dans le contrat de gestion initial), doit fondre progressivement pour atteindre 10 millions d'euros à l'horizon 2029. Le nouveau modèle entend compenser cette attrition des deniers publics par des partenariats privés et une réduction globale du train de vie du musée, sur le modèle anglo-saxon plutôt que français. Les libéraux estiment aussi que le projet est trop "gourmand" en termes de personnel.
Boris Dilliès butte sur l'intransigeance d'Ahmed LaaouejÀ moins de trois mois de l'échéance du 28 novembre, Boris Dilliès, soutenu par le ministre du Budget Dirk De Smedt (Anders) a tenté d'imposer un rapport de force en purgeant la direction de Kanal. Sans y parvenir. Car une fois de plus, l'ancien bourgmestre d'Uccle s'est heurté de plein fouet à l'intransigeance d'Ahmed Laaouej et des socialistes bruxellois qui ont refusé de lâcher l'un de leurs hommes clés.
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