Face aux aléas climatiques et la baisse de la consommation de vin, le monde viticole traverse une période difficile. Certains ne baissent pas les bras, comme Julie Roland et Romain Rafaitin.
Face aux aléas climatiques et la baisse de la consommation de vin, le monde viticole traverse une période difficile. Certains ne baissent pas les bras, comme Julie Roland et Romain Rafaitin.
Ancienne opticienne, Julie Roland, maman de 45 ans, a été formée et conseillée jusqu’en 2023 par son père, vigneron de métier, président de la cave Rocbère pendant plus de 30 ans et à l’origine de Terra Vinea. Depuis qu’elle est seule, elle court tout le temps.
"Vigneron est un métier qui prend beaucoup de temps, on ne compte pas ses heures. Comptabilité, travail administratif, mécanique, observation, œnologie, commerce", explique la courageuse vigneronne, heureuse d’avoir repris ce que ses parents ont construit, et qui a transformé le vignoble familial en agriculture biologique.
"La plante est plus résistante à la chaleur et passer par des pratiques plus écologiques c’est aussi répondre à la demande", ajoute Julie qui développe à présent la vente en bouteille. Cela lui demande plus de temps mais valorise mieux son vin.
"Il faut avoir les reins solides car c’est aussi un métier très anxiogène, il y a beaucoup de préoccupations, on dort moins bien. En ce moment, en pleine vinification, il peut m’arriver d’aller vérifier à 1 heure du matin si je n’ai pas oublié d’éteindre le groupe de froid, par peur que le jus refroidisse trop et que la fermentation s’arrête", lance la vigneronne en riant.
"Mais on ne se lasse pas car c’est un métier varié et très intéressant, c’est une chance, tout le monde ne peut pas en dire autant, et c’est ce qui nous fait aller de l’avant pour continuer", conclut Julie.
Enfant du village, Romain Rafaitin (Maison Pesquis) a toujours baigné dans la vigne. Après 7 ans dans l’urbanisme en Charente-Maritime, il est revenu avec l’envie de devenir artisan vigneron. Parti de zéro, il s’est formé pendant 5 ans, heureux de bénéficier de la passation d’un viticulteur qui partait à la retraite. En ce qui concerne le travail de démarchage, il l’a découvert petit à petit, en se faisant connaître des commerçants, cavistes et restaurateurs locaux. Par défi, Romain a décidé depuis 2 ans de vinifier lui-même une partie de son vin qu’il vend en bouteille, et de garder l’autre partie de sa production pour la cave coopérative, s’assurant ainsi un revenu mensuel.
"Je suis tout petit, je démarre dans la profession mais je suis motivé, je fais tout par étapes, car c’est très dur de se projeter dans ce milieu en crise. J’ai vendu 5 000 bouteilles la 1re année et l’an dernier aussi mais là je prévois de faire plus de volumes pour répondre à ma demande qui croît. Je suis content car j’ai de bons retours sur mes vins. Je ne fais pas d’assemblage, il y a un seul cépage par bouteille, que du fruit. J’ai imaginé un vin facile à boire entre copains", explique le jeune homme de 39 ans qui fait tout artisanalement avec l’aide de ses parents : raisin ramassé à la main, vin refroidi manuellement, pressoir à cliquet centenaire pour extraire les jus de presses ou encore bouchons en cire de couleur faits à la main.
Julie (lire ci-dessus) et Romain sont unanimes : face à la canicule, l’augmentation du prix du gasoil et la diminution de la consommation : "Il faut se motiver, tout essayer pour trouver des solutions. Il faut y croire pour ne pas déprimer, et ne pas baisser les bras en se donnant les moyens de se développer, de valoriser le terroir et monter en gamme pour avoir une meilleure réputation".
Alors pour diminuer les coûts, ils ont décidé de s’entraider en partageant le matériel et en mutualisant les commandes. Ils ont compris aussi que les goûts et la consommation avaient changé et s’adaptent pour s’en sortir.
"Les vins boisés et forts sont moins demandés, il y a une préférence pour le fruité et les vins plus légers", expliquent les 2 vignerons qui parmi leur gamme proposent des rouges légers à 12 et 12,5°, très prisés des 25/35 ans.
"Les consommateurs d’aujourd’hui achètent une bouteille le midi pour la boire le soir, ils amènent chez les amis le vin acheté la semaine dernière, ils ne le laissent plus vieillir pendant 4 ans ou plus dans leur cave. Il faut donc des vins de l’année qui peuvent être bus de suite", nous confie Romain.
Enfin, Julie et Romain ont créé l’association Les vignerons de Portel avec Guillaume, le régisseur du château de Mattes, pour encadrer des manifestations sur le village et se faire connaître des consommateurs, développant ainsi la vente directe et l’œnotourisme.