Le président français s’est livré à un vibrant plaidoyer en faveur des Nations unies face au retour de « l’impérialisme » et de « la force sans règle ni retenue », s’attirant les foudres du Premier ministre israélien. Il s’est aussi attardé sur ses propres engagements, depuis 2017, en faveur du multilatéralisme.
Emmanuel Macron lors de son discours au siège de l’ONU, à New York, le 22 septembre 2026. SELCUK ACAR/ANADOLU VIA AFP
« Ne cédons pas ! », « Vive les Nations unies » : Emmanuel Macron s’est livré ce mardi 22 septembre à un vibrant plaidoyer en faveur de l’Organisation des Nations unies (ONU) face « au retour de l’impérialisme » et à la « loi de la jungle », s’attirant au passage les foudres du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pour ses propos sur la bande de Gaza.
Un discours qui a aussi donné lieu à plusieurs attaques voilées contre Donald Trump et les appétits récurrents du président américain sur le Canada et le Groenland, ainsi que contre la Chine, les géants de la tech et plus directement la Russie. Durant trente minutes, le chef d’Etat français, qui prenait pour la dernière fois la parole à la tribune de l’institution – il quittera l’Elysée en mai 2027 –, s’est aussi attardé sur ses propres engagements, depuis 2017, en faveur du multilatéralisme.
• « Plus que jamais, nous avons besoin de nos Nations unies »Ce discours dense et parfois enflammé prenait la forme de testament diplomatique, même si l’Elysée répète à l’envi que l’heure n’est pas au « bilan » mais à « l’action », jusqu’à la dernière seconde du quinquennat. « Nous devons en effet continuer d’agir, aujourd’hui plus que jamais, d’avoir le courage d’être optimistes, de nous mobiliser et d’être utiles », a martelé Emmanuel Macron.
« Plus que jamais, nous avons besoin de nos Nations unies », a-t-il dit dans la grande salle plénière de l’ONU, ponctuant son intervention d’un « Vive les Nations unies ! » très applaudi. Face au « retour de l’impérialisme, de l’arrogance, le retour à la force sans règle ni retenue […] notre devoir, plus que jamais, est de nous tenir droits aux côtés des Nations unies pour décider précisément ensemble de l’intérêt commun », a-t-il poursuivi.
Le chef de l’Etat a souligné l’affaiblissement du Conseil de Sécurité, régulièrement paralysé par les Etats-Unis et la Russie, sinon la Chine, sur les grandes crises internationales. Il a déploré cette « mode » consistant à dire que l’ONU « ne sert plus à grand-chose » et pourrait être remplacée par une organisation sous le signe de la « loi du plus fort », où l’on peut « imposer une autre paix ».
Le président français a appelé en dernier lieu à « ne rien céder » à « l’esprit de défaite » et « l’abus de pouvoir » et à redonner aux Nations unies leur « vitalité » pour enrayer une « lente division du monde ».
• A Gaza, « un spectacle qui nous fait honte à tous »Joignant le geste à la parole, le président français, jamais avare en coups diplomatiques, pas toujours fructueux, est arrivé lundi à New York en proposant une résolution du Conseil de Sécurité pour débloquer le détroit Ormuz. L’an dernier, il avait déjà initié un mouvement de reconnaissance de l’Etat de Palestine dans un discours très applaudi, même si depuis rien n’avance, entre entraves israéliennes, violences de colons et affaiblissement de l’Autorité palestinienne.
Cette fois encore, il a déploré de voir dans la bande de Gaza – mais aussi en Cisjordanie occupée , en affirmant que le Hamas n’était pas actif sur ce territoire où siège l’Autorité palestinienne – un « spectacle qui nous fait honte à tous ». « Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ? », a-t-il lancé, réaffirmant que bâtir une solution à deux Etats était la condition de la « sécurité d’aujourd’hui et de demain pour Israël et son peuple ».
Une parole forte qui a suscité une réaction courroucée de l’Etat hébreu. « L’absurdité grotesque des propos d’Emmanuel Macron est sidérante », a déclaré le bureau du Premier ministre Benyamin Netanyahou, dont la relation avec Paris reste très tendue. L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, lui a emboîté le pas, jugeant « difficile d’imaginer un discours plus déconnecté de la réalité que celui de Macron à l’ONU ».
• Un « double moratoire » sur les frappes en Ukraine et RussieDans le conflit ukrainien, le président français a plaidé en faveur d’un « double moratoire » sur les frappes contre les sites énergétiques en Russie et en Ukraine. « Nous soutenons l’initiative d’un double moratoire, un moratoire sur l’énergie et les infrastructures civiles de part et d’autre », a-t-il dit. Il a aussi appelé à « un moratoire sur la mer Noire qui permettra de libérer les céréales et d’apporter une réponse à la question de sécurité alimentaire ô combien cruciale pour tant de pays émergents et en développement ».
• Une IA alternative aux Etats-Unis et à la ChineEmmanuel Macron a enfin exhorté tous les Etats « attachés à leur indépendance » à développer une intelligence artificielle (IA) alternative afin de ne dépendre ni des Etats-Unis, ni de la Chine. Il faut que « cette coalition des indépendants […], ceux au fond qui ne veulent pas devenir les vassaux de l’une ou l’autre des deux grandes puissances mondiales, se mettent ensemble pour développer un modèle frontière “open source” [IA de pointe accessible à tous], en mutualisant les capacités de calcul qui sont à leur disposition, en mutualisant leurs capacités d’investissement [pour créer une IA] que nous partagerions », a-t-il déclaré.
En l’état, toutes les IA les plus avancées sont américaines ou chinoises, qu’il s’agisse des modèles dits ouverts (« open source » ou « open weight »), c’est-à-dire gratuits, téléchargeables et modifiables, ou des versions fermées (non modifiables), soit celles d’Anthropic, OpenAI ou Google. Seul le français Mistral propose des modèles susceptibles de s’approcher de leurs performances sur certaines compétences. « Nous allons continuer d’investir, d’accompagner Mistral AI pour pouvoir tenir notre rang et essayer justement d’avoir un tel modèle, a promis Emmanuel Macron. Mais nous devons aussi bâtir des coopérations nouvelles. »
Par Service Actu (avec AFP)
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