Comédie dramatique par Bruno Dumont, avec Kaylon Lancel, Kelsie Verdeilles, Louise Podolski (Portugal-Italie, 1h30). En salle le 23 septembre ★★★★☆
« Les roches rouges », de Bruno Dumont. ROSA FILMES
Pour aller plus loin
Quand bien même Bruno Dumont a souvent changé de braquet au fil de sa carrière, s’essayant au cinéma de genre (« Twentynine Palms »), à la série (« P’tit Quinquin »), hybridant des stars à ses habituelles distributions d’amateurs (« Ma Loute »), « les Roches rouges » a les atours d’une révolution copernicienne. Tournée dans une semi-clandestinité avec des capitaux étrangers (faute d’avoir convaincu un producteur français), c’est une œuvre ramassée mais légère comme une plume et guidée par l’instinct qui par là même tranche avec l’ampleur et la sophistication apparente de films emblématiques du cinéaste tels que « l’Humanité » ou « France ».
Non seulement l’âge des personnages, à peine sortis de la crèche, redimensionne tout (c’est un film littéralement à fleur de mioches), mais la géographie pétante et escarpée d’Anthéor, crique varoise où des enfants passent leurs journées à sauter dans la Méditerranée (l’antithèse absolue des vastes plages longilignes du Nord, motif de prédilection de l’auteur), participe naturellement à ce changement d’échelle.
Il serait toutefois réducteur de cantonner le film à une forme d’art brut : « les Roches rouges » tient plutôt du film lilliputien, tirant le maximum de gestes gauches, d’humeurs primitives, avec une subtilité inouïe. La tension géniale qui se dégage des plongeons répétés de la bande, rituel un peu aliénant, un peu hypnotique, entre burlesque, subversion et suspense, dit bien la réussite de l’ensemble, reposant sur un point d’équilibre d’autant plus précaire qu’il est précieux – il suffit d’une image distordue du visage du petit Géo (que la caméra saisit de très près, façon microscope), d’un léger décadrage, pour en faire jaillir de la drôlerie ou de l’étrangeté.
Et puis Dumont reste Dumont : un observateur amusé d’une nature humaine qui se définit autant par son vernis de bestialité (les gosses se toisent et leurs corps s’entrechoquent) que par une manière de mégalomanie rampante : le défi des plongeons dessine une hiérarchie implicite parmi la bande, conditionne les élans du cœur et exacerbe les rivalités. Là encore, rien de grave : sans jamais mépriser les émois qu’il capture ou stimule, « les Roches rouges » tue dans l’œuf le moindre embryon de sérieux, malicieux de bout en bout.
Par Guillaume Loison