Des milliers de personnes ont bruyamment défilé jeudi matin dans le centre de Liège pour dénoncer les mesures d'économie imposées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles au secteur de l'enseignement. ...
Profs, étudiants du supérieur, quelques parents et grands-parents aussi: ils étaient entre 10.000, selon un décompte final de la police, et 13.000, selon les syndicats, à fustiger les restrictions budgétaires et réclamer un refinancement de l'enseignement.
Plusieurs membres du collectif Mars Attacks étaient également bien visibles dans la foule.
Sur les nombreux calicots brandis à bout de bras par les manifestants, on pouvait notamment lire les slogans: "20 H en classe = 45 H de taf", "C'est todi les p'tits qu'on sprôtch", ou encore "Stop aux éconneries".
"J'adore mon métier, mais ça devient très dur", confie France, professeur de français depuis dix ans dans le secondaire supérieur à Arlon et contrainte désormais de donner 22 heures de cours par semaine, contre 20 l'an dernier.
"J'ai 54 ans et je ne suis nommée qu'à mi-temps. Avec les réformes du gouvernement, je dois maintenant donner cours dans sept classes différentes, contre quatre l'an dernier. Je me pose la question de savoir si je vais continuer le métier...", confie-t-elle, sa pancarte "Prof en voie de disparition" sur l'épaule.
Plusieurs étudiants de l'enseignement supérieur s'étaient également joints au cortège liégeois pour dénoncer le relèvement dès cette rentrée du minerval à près de 1.200 euros pour plus de la moitié des étudiants.
Parti peu après 10h00 de la gare des Guillemins, le long cortège diapré est passé dans un concert de coups de sifflets et de pétards devant une école maternelle, une école secondaire, une académie ainsi qu'un établissement supérieur, autant d'acteurs impactés par les mesures du gouvernement.
De la foule aux couleurs des trois grands syndicats ont rugi plusieurs slogans: "Retrait, retrait, retrait des décrets!", "Glatigny, t'es foutue, les enseignants sont dans la rue" ou encore "Glatigny démission!".
Selon les syndicats, les dernières mesures du gouvernement ont entraîné la perte de quelque 2.000 équivalents temps-plein dans l'enseignement.
Venu de Bruxelles, Clément, 25 ans, est l'un de ceux-là. Tout jeune prof d'arts plastiques, celui-ci a perdu une première fois son emploi en 2025 suite à la réforme dans le qualifiant.
Sauvé par une série d'intérims parfois fort éloignés l'un de l'autre, il vient de reperdre ses heures suite aux mesures de 2026.
"Aujourd'hui, je n'ai plus de boulot et je suis au chômage", enrage le jeune homme.
"J'adore ce métier. Je pensais faire carrière dans l'enseignement. Qu'est-ce que je vais faire? Je ne sais pas. Il y un an, j'étais anxieux. Aujourd'hui, je suis révolté", confie-t-il, l'oeil noir derrière ses lunettes rondes jaune vif.
Interrogé à l'issue de la manifestation, Luc Toussaint, le président de la CGSP-Enseignement, se félicitait de la mobilisation du jour. Le front commun ne planifie toutefois pas à ce stade de nouvelle grande manifestation.
Face au refus du gouvernement de revoir ses réformes, les syndicats n'ont pas d'autre choix que de durcir le mouvement, selon lui. Ceux-ci feront à nouveau le point la semaine prochaine.
La manifestation s'est disloquée sans incident vers 13h30 place Saint-Lambert, au coeur de la Cité ardente.