La grande vague de reconversion des bureaux touche à sa fin à Woluwe-Saint-Lambert. La commune doit désormais trouver où créer de nouveaux logements sans sacrifier ses espaces verts ni trop densifier ses quartiers. ...
Pendant une quinzaine d'années, ils ont constitué une réserve presque idéale pour créer des logements sans grignoter de nouveaux terrains. À Woluwe-Saint-Lambert, de nombreux immeubles de bureaux ont progressivement laissé place à des appartements, particulièrement dans deux secteurs : le boulevard de la Woluwe et le quartier Marcel-Thiry. Mais cette époque touche désormais à sa fin. "On arrive tout doucement au bout du processus de reconversion des immeubles de bureaux en logements", constate Delphine De Valkeneer, échevine de l'Urbanisme.
Les dernières opérations sont encore en chantier ou en attente de permis, notamment le long du boulevard de la Woluwe. Mais "il n'y a plus beaucoup de bâtiments à convertir", résume l'échevine. Certains ont conservé leur structure, d'autres ont été démolis puis reconstruits. Dans les deux cas, le gisement s'épuise.
Ces opérations ont profondément modifié des quartiers autrefois essentiellement fréquentés aux heures de bureau. Avec un enjeu supplémentaire : ne pas remplacer une monofonctionnalité par une autre. Transformer des bureaux en appartements ne suffit pas à créer un quartier. La commune cherche donc à faire entrer dans les projets des commerces, de l'Horeca ou des équipements collectifs. L'objectif : éviter les "quartiers-dortoirs".
Le Val d'Or, prochain grand chantierSi les bureaux à transformer se raréfient, Saint-Lambert dispose encore d'importantes réserves foncières, principalement au Val d'Or, dans le prolongement du quartier Marcel-Thiry. C'est notamment là que se développe Greenwood, vaste projet d'Eiffage Development prévu en quatre phases. La première, composée de deux immeubles de 77 et 49 logements, est achevée. La deuxième a démarré avec InWo, un immeuble de 72 appartements complété d'une pharmacie et d'un espace pour profession libérale.
Flora I s'inscrit également dans Greenwood. Développé par Eiffage en collaboration avec Citydev, il prévoit 64 logements, dont 38 conventionnés. La commune a toutefois introduit un recours devant le Conseil d'État, contestant notamment l'aménagement des espaces verts et l'absence d'autres fonctions au rez-de-chaussée. Plus lointain, Flora II est porté par Citydev sur ses propres terrains : environ 110 logements conventionnés, vendus sous le régime de l'emphytéose, six logements destinés au CPAS et au moins 300 m² réservés à d'autres affectations. Le calendrier actuel prévoit une demande de permis en 2028 et un chantier entre 2030 et 2032.
Des Logements de luxe à Woluwe Saint-Lambert au minigolf du Drohme : tous ces chantiers remis en question par WeAreNatureLe Val d'Or restera donc un important front de développement. Mais pas à n'importe quelles conditions. La commune avait fait modifier le plan particulier d'affectation du sol afin de limiter les gabarits et préserver les espaces verts. "On reste dans une approche de vigilance et d'encadrement", insiste Delphine De Valkeneer.
Construire sans construire tropC'est tout le dilemme des prochaines années. "On a toujours privilégié la reconversion du bâti existant, voire la densification de certains sites déjà construits", plutôt que l'artificialisation de terrains non bâtis, explique l'échevine. Seulement voilà : les bâtiments à reconvertir commencent précisément à manquer.
Friches bruxelloises : "La Région doit revoir un cadre devenu obsolète"La commune assume dès lors des bras de fer avec les promoteurs et la Région. Elle s'est opposée à des projets jugés trop denses ou trop hauts et a introduit plusieurs recours, au point d'avoir parfois été considérée, sourit l'échevine, comme "les emmerdeurs de service". "On a toujours veillé à faire respecter une urbanisation équilibrée", défend-elle. Espaces verts, qualité de vie et "densité mesurée" font, selon elle, précisément partie de l'attractivité de Saint-Lambert.
La rue Neerveld illustre bien cette ligne de crête. Eaglestone y achève deux importantes reconversions : The W, qui compte 123 appartements, et Twin Falls, transformation d'anciens bureaux en un programme mêlant notamment logements et coliving. À quelques pas, un promoteur souhaite démolir un ensemble de maisons pour développer une centaine de logements. La commune s'était déjà opposée à leur démolition lors d'une précédente procédure et maintient cette position. Elle invoque notamment le caractère paysager du site et la densification déjà importante du secteur à la suite des reconversions de bureaux.
Garder les jeunes ménagesReste une autre difficulté : construire, oui, mais pour qui ? "En termes de logement moyen, il y a un manque actuellement", reconnaît Delphine De Valkeneer. Les prix du neuf deviennent difficilement accessibles à la classe moyenne, particulièrement aux jeunes ménages. Beaucoup s'installent dans la commune puis, lorsqu'ils cherchent plus grand, partent vers la périphérie.
"Le véritable enjeu pour les années à venir, c'est de voir comment on peut favoriser le maintien des jeunes ménages."
"Le véritable enjeu pour les années à venir, c'est de voir comment on peut favoriser le maintien des jeunes ménages", insiste l'échevine. Après avoir transformé une grande partie de ses bureaux, Saint-Lambert devra donc puiser davantage dans ses réserves foncières, tout en maîtrisant leur densité, en créant de véritables quartiers et en tentant de maintenir une offre accessible aux jeunes ménages. Autrement dit, continuer à construire sans perdre ce qui fait précisément son attractivité.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.