Pour le Pr Yves Henrotin, le message est clair : “nos articulations sont faites pour bouger. Ce qu’il faut éviter, c’est l’inactivité, le mauvais dosage de l’effort et les traumatismes articulaires”. ...
Bouger ou ne pas bouger quand on a de l'arthrose ? Telle est la question, qui ne se pose pas pour le Pr Yves Henrotin, docteur en kinésithérapie, professeur à l'Université de Liège et spécialiste des maladies musculosquelettiques. La réponse se trouve dans le titre de l'ouvrage qu'il vient de publier aux éditions Racine, "Arthrose, le pouvoir du mouvement".
Pr Yves Henrotin, docteur en kinésithérapie, ULg, spécialiste de l'arthrose ©D. R.Alors que certains médecins préconisent encore de lever le pied pour les sportifs amateurs, cyclistes ou joggeurs qui souffriraient au niveau des genoux ou des hanches notamment, le Pr Yves Henrotin veut "être très clair sur ce point : l'activité physique de loisir, lorsqu'elle est adaptée, correctement dosée et pratiquée dans de bonnes conditions d'intensité, de technique, d'équipement et de terrain, est bénéfique pour les articulations", affirme-t-il catégoriquement. Pour lui, "il ne faut surtout pas véhiculer le message selon lequel il serait préférable d'arrêter ou de réduire systématiquement son activité physique lorsque l'on souffre d'arthrose. Au contraire, l'activité physique et l'exercice constituent aujourd'hui l'un des piliers de sa prise en charge".
Selon ce spécialiste, sans hésitation, pour préserver ses articulations, l'essentiel est donc de rester physiquement actif. "Il faut privilégier des activités régulières qui entretiennent la force musculaire, la mobilité et l'endurance, tout en limitant le risque de traumatisme articulaire, précise-t-il. La marche, la marche nordique, le vélo et même la course à pied pratiquée de manière récréative sont d'excellentes activités. Contrairement à une idée encore très répandue, courir raisonnablement "n'use" pas les articulations".
Pratiquer ce sport serait l'activité physique la plus efficace pour allonger notre espérance de vie, selon une étudeDes preuves scientifiquesEst-ce scientifiquement prouvé ? "Oui, les données scientifiques disponibles indiquent que la course récréative n'augmente pas le risque d'arthrose du genou. Une revue systématique publiée en 2023, regroupant dix-sept études et plus de 14 000 participants, n'a pas retrouvé davantage d'arthrose radiographique du genou chez les coureurs que chez les non-coureurs. Dans l'une des études analysées, le recours à une prothèse totale de genou était même moins fréquent chez les coureurs que chez les non-coureurs (2,6 % contre 4,6 %). Il s'agit toutefois d'une association : on ne peut pas en conclure que courir empêche à lui seul la pose d'une prothèse".
Et pour la hanche ? Les données sont également rassurantes. "La course récréative n'est pas associée à une augmentation du risque de coxarthrose (NdlR : usure progressive du cartilage de l'articulation de la hanche). Certaines études suggèrent même que les personnes physiquement actives ont moins souvent recours à une prothèse totale de hanche. Là encore, cela ne signifie pas que courir protège à lui seul contre la prothèse mais ces données remettent clairement en question l'idée selon laquelle des impacts raisonnables "usent" nécessairement la hanche."
"Quand apparaissent les premiers symptômes, la maladie a déjà fait beaucoup de dégâts. Au stade où je suis, 80 % de mes cellules sont déjà détruites"À l'inverse, il convient d'être plus prudent avec les activités comportant un risque important de traumatisme articulaire, notamment les sports de pivot et de contact comme le football, met en garde le docteur en kinésithérapie : "une rupture du ligament croisé antérieur ou une lésion méniscale peut compromettre la stabilité et la fonction biomécanique du genou et constitue un facteur de risque reconnu d'arthrose ultérieure".
Pour ce médecin, le message à retenir est donc simple : "nos articulations sont faites pour bouger. Ce qu'il faut éviter, ce n'est pas le mouvement, mais l'inactivité, le mauvais dosage de l'effort et, autant que possible, les traumatismes articulaires".
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.