Jusqu’où laisserons-nous l’intelligence artificielle entrer dans nos vies ? Peut-on vraiment distinguer les mots d’un écrivain de ceux d’une machine ? Les logiciels de détection sont-ils fiables ? Nous avons fait le test en écrivant notre propre chapitre de roman.
Publié le 01/10/2026 21:45 Mis à jour le 01/10/2026 21:45
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Article rédigé par France 2 - E.Quéno, A.Girault-Carlier, P.Maire, J.Jonas, J.Cordier - Édité par l'agence 6Medias
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Jusqu’où laisserons-nous l’intelligence artificielle entrer dans nos vies ? Peut-on vraiment distinguer les mots d’un écrivain de ceux d’une machine ? Les logiciels de détection sont-ils fiables ? Nous avons fait le test en écrivant notre propre chapitre de roman.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Les mots de l'homme sont-ils différents de ceux de la machine ? Peut-on encore les distinguer ? Pour écrire notre premier roman, nous avons demandé à une intelligence artificielle de s'inspirer d'un auteur qui écrivait au début du XXe siècle sous le pseudonyme de Delly. Notre consigne est simple : "Tu es un écrivain expert dans l'œuvre de Delly. Écris le premier chapitre d'une nouvelle histoire." Et comme nous ne voulons pas être repérés, nous lui indiquons : "l'IA ne doit pas être détectée". Exactement 14 secondes plus tard, nous voilà en possession d'une histoire d'une douzaine de pages.
À gauche, le livre original. À droite, notre début de roman écrit par l'IA. Des lecteurs exercés sauront-ils s'y retrouver ? Nous avons soumis à l'aveugle les deux versions aux clients d'une librairie parisienne. "Celui-là me semble plus intéressant", juge une première cobaye. Elle choisit l'œuvre de l'IA : "C'est bien fait, en fait !", s'étonne-t-elle.
"Je pense que l'IA, c'est celui-là. Je le vois aux dialogues. Ce n'est pas très très humain, ça manque un peu de sentiments", tranche d'emblée un autre, qui a raison. "J'espère ne pas me tromper, mais je dirais que celui-là, c'est de l'IA", affirme un jeune homme. Faux. "Je me suis planté. Bien sûr, c'est triste, parce que je lis beaucoup et qu'on en est là où on ne peut pas distinguer la différence entre une œuvre créée, écrite par un robot ou par un humain", commente-t-il.
Alors, comment les distinguer ? Nous avons fait étudier notre œuvre à Charlotte Allibert, responsable d'une agence d'autoédition. "Je regarde les dialogues, parce que les dialogues, c'est souvent assez intéressant", nous indique-t-elle. Et elle n'a aucune hésitation : "Ça, c'est le vrai et ça, c'est le faux", conclut-elle, sans se tromper. Car notre manuscrit comporte des signes typiques de l'IA, notamment beaucoup de phrases en trois temps. "C'est Madame la duchesse, dit à voix basse madame Guérin, qui avait suivi son regard. - Elle est morte il y a un an, au mois de septembre, elle n'avait que 26 ans."
"Là, on se répète un peu. L'IA, elle écrit de façon mathématique, déjà. Donc elle n'écrit pas avec des mots, elle écrit un peu avec des chiffres, avec des probabilités. Elle écrit comme ça parce que c'est un rythme qui fonctionne", explique Charlotte Allibert.
Notre livre, comme ceux de tous les auteurs de l'agence qui en font la demande, est ensuite passé à la moulinette de détecteurs d'intelligence artificielle. Il est analysé par trois logiciels pour plus de précision. "On comprend un passage au début, deux passages au milieu, un passage à la fin", indique Charlotte Allibert. Le verdict est sans appel : "La probabilité d'IA est très, très, très élevée."
Notre livre ne méritera donc pas le label "Création humaine". L'Agence est l'une des rares à le garantir. Ces contrôles devraient-ils être généralisés pour aider le lecteur à s'y retrouver ? Nous avons voulu poser la question aux plus prestigieuses maisons d'édition. Signe de l'affolement du secteur, la grande majorité a refusé. Une seule a bien voulu nous accueillir : les éditions du Seuil. Sa présidente dit réfléchir à des solutions, y compris informatiques, mais n'imagine pas une détection systématique.
"La parole de l'auteur et l'accompagnement de son processus créatif, le fait que ça se déroule dans un temps long et qu'on travaille les manuscrits à plusieurs reprises, pendant parfois plus d'un an, doit nous aider quand même à éviter ce genre de recours systématique", Coralie Piton, présidente des éditions du Seuil.
Mais combien de temps avant que ces contrôles ne deviennent indispensables, si les livres déferlent, écrits par la machine en quelques secondes ?
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