À 72 ans, l’ancien adjudant-chef Aliksey Kent s’apprête à fouler les 10,4 kilomètres du semi-marathon de la Légion étrangère à Castelnaudary (Aude). Courir en terres chauriennes, c’est une fierté pour celui qui a...
l'essentiel À 72 ans, l’ancien adjudant-chef Aliksey Kent s’apprête à fouler les 10,4 kilomètres du semi-marathon de la Légion étrangère à Castelnaudary (Aude). Courir en terres chauriennes, c’est une fierté pour celui qui a servi durant sept années de sa carrière au "4".
Il y a quelques jours, Aliksey Kent, 72 ans, a quitté sa terre natale d’Istanbul pour fouler ce matin les 10,4 kilomètres du semi-marathon de la Légion étrangère dans les rues de la capitale mondiale du cassoulet. Pourtant, ne lui parlez jamais d’un exploit surhumain. Pour lui, c’est simplement l’accomplissement d’une nouvelle mission qu’il s’est donnée. Comme il est de coutume à la Légion - c’est d’ailleurs mentionné dans le Code d’honneur du légionnaire -, "la mission est sacrée, tu l’exécutes jusqu’au bout et à tout prix".
Et ce n’est pas une blessure à la jambe, survenue deux à trois jours avant l’épreuve, qui va le décourager. "Voir un médecin ? Mais non ! Je vais appliquer une crème chauffante et tout ira bien. Je n’aurai peut-être pas la performance exacte que j’espérais, parce que je m’entraîne depuis très longtemps", sourit Aliksey. Il poursuit : "Dans tous les pays que j’ai traversés, j’ai couru. J’ai toujours pris mes chaussures de sport, qui sont quand même très spéciales, pour faire mon entraînement. À trois jours de la course, ça va passer. Quoi qu’il en soit, je vais le faire."
Courir, c’est plus qu’une pratique pour s’entretenir. C’est une passion pour l’ancien légionnaire. "J’ai toujours aimé courir et j’ai toujours eu une bonne condition physique, même à l’époque où je fumais."
La maxime inscrite dans le Code d’honneur est restée gravée dans la mémoire de celui qui aura servi la France durant 22 ans, de 1983 à 2005. De sa carrière chez les Fortes têtes, il n’a rien oublié. Arrivé de Turquie un mois d’hiver, l’homme fera ses classes au 4e régiment étranger avant de parcourir le monde suivant ses affectations, en Guyane, à Djibouti et, de manière moins exotique, au 1er régiment étranger de génie à Laudun-l’Ardoise (Gard).
D’engagé volontaire à chef par intérim de la police militaireAujourd’hui retraité dans son pays d’origine, Aliksey Kent garde une certaine forme de nostalgie, peut-être d’attachement à la France... et en premier lieu à Castelnaudary. Dans la capitale du Lauragais, on connaissait bien le "chef Kent". Des tenanciers de bistrots aux commerçants du centre-ville, l’ancien chef par intérim de la police militaire a marqué les esprits. La fonction exige discrétion et bon sens du relationnel ; Aliksey Kent ne manquait ni de l’un, ni de l’autre. "Je faisais ce qu’on appelle l’enquête de voisinage. Quand un légionnaire était absent sans permission le soir - il rencontrait une fille, buvait un coup et ne rentrait pas à l’heure -, on faisait le tour des établissements. On passait dans les bars, les hôtels, autour du canal du Midi. On collaborait étroitement avec la police et la gendarmerie. Après, on appliquait quelques sanctions réglementaires, des consignes de quartier", se souvient-il.
Pire, dans le cas où des engagés volontaires désertaient, celui qui fut chef adjoint de la police militaire a usé de son temps pour les retrouver. "Quand un jeune engagé volontaire déserte, il est complètement perdu : il ne sait pas où il est, n’a ni argent ni vêtements civils et part en tenue militaire. On mettait tous nos moyens pour les retrouver et les ramener, en leur expliquant bien que s’ils voulaient quitter l’institution, il y avait des procédures légales plutôt que de ‘faire le mur’", détaille Aliksey Kent.
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Dans les années 90, les passages réguliers de ce dernier dans les rues de la ville lui ont forgé une certaine notoriété.
L’après LégionFort de son parcours diversifié et de ses compétences acquises, Aliksey Kent a vécu d’autres vies. Propriétaire d’un restaurant dans le Gard rhodanien, musicien, voyageur infatigable... À 72 ans, il a plus d’une corde à son arc et semble insatisfait de toute paresse. "Je suis incapable de rester assis à regarder la télévision ou à jouer à la pétanque le dimanche avec la baguette sous le bras et le pastis à la main", ironise-t-il.
Après le marathon chaurien, ce dernier a même une nouvelle étape en tête : le Vietnam. Ce pays d’Asie du Sud-Est dans lequel Aliksey ambitionne de séjourner quelques mois.
Mais avant de s’envoler au loin, la course des légionnaires lui réserve un grand moment d’émotion. "Pour la course de Castelnaudary ce samedi, je n’y vais pas pour finir premier, mais si je ne finis pas dernier tout en surmontant ma petite douleur à la jambe, mon objectif sera pleinement atteint." Un objectif, un horizon qu’Aliksey s’impose pour se prouver qu’à tout âge, la mission est sacrée et qu’elle doit être exécutée jusqu’au bout.
Engagé volontaire en décembre 1983, Aliksey Kent effectuera son instruction au 4e régiment étranger avant de rejoindre le 1er régiment étranger de cavalerie en 1985. L’homme effectuera trois ans à Carpiagne puis partira pour la Guyane en 1988. En 1990, Aliksey Kent revient à Castelnaudary en tant que sergent instructeur, puis sergent-chef en 1993, puis chef par intérim de la police militaire. De 1995 à 1997, il partira pour Djibouti avant d’effectuer les huit dernières années de sa carrière au 1er régiment étranger de génie à Laudun-l’Ardoise.