On connaît ses accélérations, ses crochets et ses essais. Mais qui est vraiment Teddy Thomas ? À Toulouse, le joueur se livre sur son enfance à Biarritz, ses grands-parents, les étiquettes qu’il a dû dépasser et ce qui le pousse encore, à 33 ans, à courir après le ballon.
On connaît ses accélérations, ses crochets et ses essais. Mais qui est vraiment Teddy Thomas ? À Toulouse, le joueur se livre sur son enfance à Biarritz, ses grands-parents, les étiquettes qu’il a dû dépasser et ce qui le pousse encore, à 33 ans, à courir après le ballon.
Avant le rugby, il y avait le surf.
À Biarritz, difficile d’y échapper. « Il n’y a pas beaucoup de sport, c’est surf, rugby ou pelote », sourit Teddy Thomas. Petit, il choisit d’abord les vagues. Puis son grand-père l’emmène vers le rugby. Une décision qui, des années plus tard, aura dessiné toute sa vie. Car derrière la carrière du joueur professionnel, de l’international français et désormais du joueur du Stade Toulousain, il y a surtout une histoire de famille.
« Papy, tu me regarderas »Son grand-père occupe une place particulière dans son histoire. C’est lui qui l’a mis au rugby. Lui aussi qui, pendant 25 ans, a conservé la même place dans les tribunes de Biarritz pour regarder son petit-fils jouer.
« Je m'étais dit qu'un jour, il serait dans son fauteuil et il pourrait me regarder. »
Alors Teddy Thomas a avancé avec cette idée en tête. Jouer en professionnel à Biarritz. Puis porter le maillot de l’équipe de France. Et après le Racing et La Rochelle, rejoindre le Stade Toulousain. À chaque étape, une pensée pour celui qui avait été là au début.
« Les premiers tournois des Cinq Nations, Six Nations, je les regardais avec lui et je m'étais dit : “Écoute, un jour, papy, tu me regarderas.” »
Le dernier rêve rugby de son grand-père était de le voir jouer à Toulouse. Aujourd’hui, la boucle est bouclée.
Une carrière construite aussi avec les sacrifices de sa mèreSur son avant-bras, un autre membre de sa famille est toujours là. Sa grand-mère. Derrière les souvenirs heureux, Teddy Thomas raconte aussi une enfance où les fins de mois n’étaient pas toujours simples. Sa mère avait parfois deux emplois. Lui passait beaucoup de temps chez ses grands-parents.
« Je sais tous les sacrifices qu'ils ont faits pour moi. »
Alors réussir n’a jamais seulement signifié réussir pour lui. Il y avait cette volonté de rendre quelque chose à ceux qui avaient donné énormément. Une phrase qui éclaire autrement une carrière faite de hauts, de bas, de sélections, de blessures, de victoires et de périodes plus compliquées.
Le gamin est toujours làÀ 33 ans, Teddy Thomas a changé. Mais pas tant que ça. Lorsqu'on lui demande ce qu'il reste du petit garçon de l'école de rugby, sa réponse est presque immédiate : le sourire. Celui qu’il affiche lorsqu’il reçoit le ballon, lorsqu’il peut courir, éliminer un adversaire, marquer et célébrer. Derrière le joueur professionnel, il y a donc encore ce gamin qui aime jouer. Et surtout, ce gamin qui aime faire lever les gens de leur siège.
« J'aime faire le spectacle »Teddy Thomas ne cherche pas à nier ce qui fait sa personnalité de joueur. Quand il était enfant, il regardait les rugbymen depuis les tribunes. Certains lui donnaient envie de se lever, de vibrer, de célébrer. Aujourd’hui, il aimerait être capable de provoquer la même émotion. Une façon simple de résumer une conception du rugby qui lui ressemble : courir, tenter, créer, surprendre.
Mais aussi donner quelque chose aux autres. Parce que derrière la recherche de performance, il y a cette idée qui revient dans son discours : le plaisir des gens.
C’est probablement l’un des passages les plus intimes de l’entretien. Teddy Thomas raconte avoir très tôt été enfermé dans une image qui, selon lui, ne correspondait pas à celui que connaissaient sa famille et ses amis.
« On m'a décrit comme la personne que je ne suis pas du tout. »
Sa réaction ? Se refermer. Le cocon plutôt que les projecteurs. Moins de relations avec la presse, moins d’envie de se rendre disponible, moins d’envie de faire plaisir. Parce que la médiatisation ne se résume pas aux applaudissements.
« Quand on parle mal de toi, ton entourage est triste. »
Il reconnaît aussi volontiers qu’un sportif de haut niveau doit savoir accepter la critique lorsqu’elle est juste et constructive. Mais il décrit la difficulté de vivre avec le regard permanent des autres, lorsque ceux qui commentent ont parfois le sentiment de connaître mieux que vous-même ce que vous êtes, ce que vous ressentez ou ce que vous devriez faire. Son constat est finalement assez désarmant : être soi-même à 100 % lorsque tout le monde a déjà décidé qui vous êtes est particulièrement difficile.
À la maison, le rugby reste sur le palierEt puis il y a la vie de famille. Les enfants ont changé son rapport aux mauvais moments, aux défaites, aux contrariétés. Avant, il pouvait rentrer chez lui et bouder. Aujourd’hui, il y a les enfants. Et avec eux, impossible de rester enfermé dans le résultat du week-end. Le rugby reste important. Très important. Mais une fois la porte de la maison franchie, il y a autre chose. La journée continue.
Ce que le rugby lui a vraiment donnéTeddy Thomas aurait pu poursuivre son histoire avec le surf. Il aime toujours autant cette discipline et garde des amis surfeurs. Mais il sait aussi ce que le rugby lui a apporté que le surf ne lui aurait peut-être pas donné. Lui qui était fils unique raconte avoir trouvé dans le rugby une forme de fraternité.
« Le rugby, vraiment, pour moi en tout cas, t'apporte ça, t'apporte cette solidarité commune et cette envie de faire des choses ensemble. »
Faire ensemble. Gagner ensemble. Perdre ensemble. Et surtout créer des amitiés qui, il l’espère, survivront aux carrières. C’est peut-être là que se trouve le véritable attachement de Teddy Thomas à son sport : moins dans les statistiques que dans les liens qu’il a construits.
Une armoire à trophées encore trop vide à son goûtAlors pourquoi continuer ? Parce qu’il n’a pas fini. Sa carrière est déjà longue, mais son armoire à trophées, elle, n’est « pas très garnie ». Il veut encore la remplir. Et il estime en avoir les capacités, physiquement comme mentalement. Mais une autre motivation est apparue : le regard de ses enfants. Le plaisir qu’ils prennent à voir leur père jouer.
« Le petit Teddy serait très fier »Alors, finalement, que dirait le petit Teddy s’il pouvait pousser aujourd’hui la porte d’Ernest-Wallon ? Il verrait un père de famille. Un joueur professionnel du Stade Toulousain. Un international français. Un homme qui a remporté une finale avec le club. Et surtout quelqu’un qui a réalisé une grande partie des rêves qu’il avait enfant.
La réponse de Teddy Thomas ne laisse guère de place au doute.
« Oui, je pense qu'il serait très fier. »
Teddy Thomas n’est peut-être pas devenu exactement le joueur que les autres imaginaient. Mais il semble être devenu celui que le petit Teddy rêvait de devenir.