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Guerre en Ukraine : comment les journalistes apprennent à survivre aux attaques de drones

Дата публикации: 30-09-2026 04:37:56

Journalistes et humanitaires doivent adapter leurs réflexes sur le terrain face à la menace croissante des drones devenus armes de guerre. En Ukraine, une formation leur apprend à évaluer les risques, soigner un blessé et échapper à un drone qui les prend en chasse. ...

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Dans la guerre que mène la Russie contre l'Ukraine, journalistes et humanitaires sont aussi pris pour cibles. Pour les préparer à la menace, l'organisation Daily Humanity, spécialisée dans la formation à la survie en environnement hostile (HEAT), a créé un programme d'entraînement adapté à l'Ukraine. "L'année passée, nous l'avons revu et actualisé pour répondre à la menace des drones. Aujourd'hui, il ne concerne plus seulement l'Ukraine mais aussi des pays du Moyen-Orient ou d'Amérique du Sud", explique Katerina Sergatskova, reporter de guerre, directrice et cofondatrice de Daily Humanity.

Pour dispenser cette formation, elle s'entoure notamment de secouristes professionnels et de vétérans ukrainiens. "De nombreux anciens militaires américains et britanniques qui donnent des formations HEAT ne se sont pas adaptés à la situation actuelle marquée par la guerre des drones et un niveau technologique très élevé. Ils restent ancrés dans le passé. Notre formation évolue constamment avec la situation sur le terrain."

L'Ukraine, le pays le plus miné au monde

Depuis février 2022, Reporters sans frontières (RSF) a recensé dix-sept professionnels des médias blessés dans des attaques de drones en Ukraine, dont trois tués en 2025. L'organisation compte également 32 tentatives d'homicide : des journalistes pris pour cible par des drones FPV mais qui n'ont pas été blessés.

Quels risques sont-ils prêts à prendre ?

Pendant trois jours, humanitaires, conseillers à la sécurité, fixeurs et journalistes de plusieurs médias dont La Libre Belgique se sont formés à Kiev et dans sa région. Première étape : apprendre à évaluer les risques avant même de partir en reportage.

Réunis dans une maison de jeunes du centre de la capitale ukrainienne, les participants écoutent Katerina Sergatskova. Les drones à courte portée sont désormais l'une des armes les plus létales pour les civils en Ukraine, explique-t-elle. Pour les journalistes et humanitaires, chaque mission doit donc commencer par une série de questions : quels risques sont-ils prêts à prendre ? À quels scénarios peuvent-ils être confrontés ? Comment réagir à une attaque ? Et, surtout, comment éviter de devenir une cible ?

Comment réagir à une attaque ? Et, surtout, comment éviter de devenir une cible ?

La "kill zone" qui se limitait à environ deux ou trois kilomètres de la ligne de front la plus avancée en 2022 s'étend désormais jusqu'à 20 ou 30 kilomètres avec la menace des drones FPV. Ces petits engins peuvent atteindre 200 km/h et transporter une charge explosive de deux à trois kilos. Grâce à leur caméra, leur opérateur voit en direct ce que le drone filme et donc sa cible au moment où il la poursuit.

Comment sauver une vie en quelques minutes ?

Le lendemain, changement de décor. Dans un centre d'entraînement de la banlieue de Kiev, les participants découvrent le protocole MARCH, une méthode de secourisme tactique destinée à hiérarchiser les gestes vitaux en environnement hostile. Chacun reçoit une trousse de premiers secours améliorée et un tourniquet (garrot).

L'instructeur Dmytro Hladyshevskyi donne les premières consignes puis la théorie laisse place à l'exercice. Il faut poser un tourniquet en moins d'une minute, évacuer un "blessé" et se mettre à couvert pour continuer les soins. "Avant, la médecine tactique se concentrait principalement sur les blessures par balles, l'artillerie ou les kamikazes. Avec les drones, la situation est totalement différente. Les blessures sont multiples et beaucoup plus complexes. Une victime peut souffrir simultanément d'une commotion cérébrale, de blessures causées par des éclats d'obus et d'une amputation", explique Dmytro Hladyshevskyi. "Nous nous concentrons donc sur un véritable algorithme de soins. C'est d'autant plus important que, sous la menace des drones, l'évacuation d'un blessé peut prendre des heures voire des jours", poursuit-il.

Ukraine, Kiev : Dmytro Hladyshevskyi, instructeur en premiers secours, donne les consignes pour l'exercice de survie sous la menace de drones, le 27 septembre 2026.Dmytro Hladyshevskyi, instructeur en premiers secours, donne les consignes pour l'exercice de survie sous la menace de drones, le 27 septembre 2026. ©Virginie NGUYEN HOANG/HL/HUMA

Pendant dix heures entrecoupées d'une courte pause de midi, les participants répètent les gestes du protocole MARCH : contrôler les hémorragies, les voies respiratoires, la respiration et la circulation sanguine puis prendre en charge les états de choc et l'hypothermie. Ils repartent épuisés. Mais, le lendemain, un autre exercice les attend : survivre à une attaque de drone.

"Vos meilleurs amis sont vos yeux et vos oreilles"

Le dernier jour, place aux drones FPV, mais aussi aux appareils plus imposants, comme les Molniya ou les Lancet. Ce dernier a notamment été impliqué dans la mort de deux journalistes ukrainiens, Olena Gubanova et Yevhen Karmazin, tués dans une station-service de Kramatorsk en octobre 2025. Quelques jours auparavant, le photojournaliste français Antoni Lallican avait été tué par un drone FPV russe dans la même région.

Guerre en Ukraine: le journaliste français Antoni Lallican tué par un drone russe

Mykyta Gavrylenko, instructeur en chef du centre d'entraînement aux UAV, présente les différents moyens de détection mais les technologies ne font pas tout. "Vos meilleurs amis sont vos oreilles et vos yeux", rappelle-t-il. Les détecteurs analysent les ondes radio émises par certains FPV mais les drones à fibre optique leur échappent totalement et la technologie évolue vite. "Un détecteur peut être efficace aujourd'hui et ne probablement plus l'être dans six mois", explique-t-il.

Ukraine, Kiev : des humanitaires regardent comment utiliser un détecteur de droneDes humanitaires regardent comment utiliser un détecteur de drone "Whoover", le 27 septembre 2026. ©Virginie NGUYEN HOANG/HL/HUMA

Après une matinée de théorie et d'analyse de vidéos, les journalistes passent à l'exercice. Gilets pare-balles, casques, trousses de secours, tourniquets, radios et détecteurs de drones : chacun vérifie son équipement. La mission paraît simple : rejoindre un point B depuis un point A, récupérer une radio et demander une évacuation sans être blessé.

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N'attendez pas de savoir si c'est un drone ukrainien ou russe, tout objet volant est votre ennemi.

Répartis en groupes de cinq ou six, les participants s'engagent dans une zone rouge. Un ou deux drones équipés de grenades à blanc les prennent en chasse. Le bourdonnement aigu d'un FPV se fait entendre. Tout le monde cherche un abri, sortir à découvert lorsqu'un appareil approche peut être fatal. Certains se réfugient dans un bâtiment mais, même là, le danger demeure : un drone peut entrer par une fenêtre ou une porte ouverte. Après une trentaine de minutes, le bilan du premier exercice est lourd : sur cinq journalistes, quatre survivent, dont un gravement blessé. "Si un drone vous poursuit, ne sortez jamais à découvert ! Restez à l'abri, dans l'ombre et communiquez avec vos collègues !", insiste l'instructeur.

Lors du deuxième essai, les participants changent de stratégie. Ils avancent vers le point B au moment où l'opérateur doit changer la batterie de son drone. Un à un, ils progressent. Cette fois, tous atteignent leur destination indemnes. La formation s'achève alors par la remise des certificats mais Mykyta laisse aux journalistes, fixeurs et humanitaires une dernière consigne : "N'attendez pas de savoir si c'est un drone ukrainien ou russe, tout objet volant est votre ennemi."

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