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Alexis Michalik : “Avec 'Passeport', j’ai l’impression d’avoir fait un coming out de gauche”

Дата публикации: 25-09-2026 07:06:28

Jusqu’au 31 octobre, le Théâtre Le Public présente “Passeport” d’Alexis Michalik. Un récit humain, politique aussi, sur l’exil, la migration et la quête d’identité qui a valu à son auteur autant de louanges que de haine. Interview. ...

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Faut-il encore le présenter ? Depuis 2011 et le triomphe de sa première pièce, Le Porteur d'histoire, Alexis Michalik (Paris, 1982), comédien, metteur en scène, auteur, dramaturge, acteur, scénariste et réalisateur, ne cesse d'enchaîner les projets (sur scène, devant et derrière la caméra, en littérature…) et les distinctions (notamment plusieurs Molières pour ses pièces Le Porteur d'histoire (2011), Le Cercle des Illusionnistes (2014) et Edmond (2016)). "Raconteur d'histoires", Alexis Michalik défend un théâtre qui soit "un art populaire" accessible à un large public. Ces spectacles sont ainsi régulièrement montés aux quatre coins du monde francophone. Jusque fin octobre, le Théâtre Le Public présente l'un d'eux, Passeport (2024), un récit sur l'exil, la migration et la quête d'identité.

Ce n'est pas la première fois que Le Public vous invite à remonter l'une de vos pièces avec une distribution belge. Il y a un lien qui s'est créé au fil du temps ?

En effet, Passeport est le 4e spectacle que je mets en scène au Public, après Le Porteur d'histoire, Intra Muros et Edmond. Cela s'est toujours bien passé. C'est donc un vrai plaisir de revenir avec cette pièce, qui a une tonalité plus politique que les précédentes.

Alexis Michalik: "Plus ça marche et plus je reçois des récompenses, plus ça me détend"

"Passeport" raconte l'histoire d'un jeune Érythréen, Issa, devenu amnésique. Il a pris la mer et se retrouve perdu dans la "jungle" de Calais. Le seul élément tangible de son passé est son passeport. Il va alors se lancer dans une véritable quête d'identité. Comment vous est venu ce récit ?

Le sujet de l'identité a toujours traversé beaucoup de mes œuvres. Comme souvent, c'est la fin de l'histoire qui est venue à moi d'abord. Et, pour que ça se termine d'une telle façon, il fallait que ça commence d'une telle façon. Très vite, je me suis rendu compte que ce récit devait débuter dans le camp (de migrants et de réfugiés, NdlR) de Calais. Je me suis donc mis à lire des bouquins sur le camp de Calais puis l'immigration en général, en France et dans le monde depuis le XIXe siècle.

guillement

Quand j'ai fait mon test ADN, j'ai découvert que j'avais 0 % de Français dans mes gènes."

"Passeport", la pièce salutaire qui humanise l'exil

Vous-même êtes né d'une maman britannique et d'un papa d'origine polonaise…

En effet. Ma grand-mère était aussi australienne. Quand j'ai fait mon test ADN, j'ai découvert que j'avais 0 % de Français dans mes gènes. J'ai toujours été touché par ce sujet. Plus encore parce que j'ai grandi dans le XVIIIe arrondissement de Paris, qui est un quartier assez populaire et très mélangé. Ma vision de la France a donc toujours été cette société multiculturelle. Mais j'ai compris bien plus tard que, pour beaucoup de gens, cette vision n'était pas la même.

guillement

Je n'avais pas mesuré à quel point, aujourd'hui, le sujet de l'immigration, des migrants et des réfugiés est si clivant."

Pour la première fois, vous avez écrit, avec "Passeport", une pièce plus politique, qui a suscité des réactions assez tranchées. Vous y attendiez-vous ?

Un peu naïvement, je ne pensais pas qu'il y aurait une telle différence avec mes pièces précédentes. Je n'avais pas mesuré à quel point, aujourd'hui, le sujet de l'immigration, des migrants et des réfugiés est si clivant. Je ne me rendais pas compte que, simplement, le fait de raconter l'histoire de trois personnes déplacées qui essaient de s'intégrer en France − cela, à mon habitude, avec de l'émotion, de la comédie, des rebondissements… en humanisant ces personnages qui, à mon sens, sont des héros du quotidien − pouvait, aux yeux de beaucoup de gens, être choquant. Avec cette pièce, j'ai l'impression d'avoir fait un coming out de gauche : les gens ont semblé, tout à coup, découvrir que j'étais de gauche alors que je ne m'en suis jamais caché.

Vous présentez "Passeport" comme un spectacle qui ne se veut "ni militant ni documentaire". La chose politique vous effraie-t-elle ?

Ça ne m'effraie pas, mais je vois à quel point toute déclaration, manifestation est suivie, principalement sur les réseaux sociaux, de montagnes de commentaires haineux. En interview, il suffit que je dise cette phrase − la phrase qui réveille les fachos −, à savoir que l'immigration est positive pour la société, phrase pourtant documentée par de nombreux chercheurs, pour qu'il y ait une levée de boucliers en ligne. Si j'étais un homme politique, je serais obligé d'affronter cette violence, mais, étant un artiste, un créateur et un raconteur d'histoires, je m'en passe avec plaisir.

Dans le monde bien réel, en juin dernier, le nouveau maire RN de Castres, Florian Azéma, a décidé d'annuler votre pièce, prévue en février 2027. Et vous avez réagi. "Passeport" a pris, là, un tournant politique.

Oui. J'ai décidé de prendre la parole pour alerter sur le fait que la culture sous le sceau du Rassemblement national (RN), ce sont des œuvres qui sont déprogrammées. Or, la culture devrait être indépendante et non être passée par un filtre politique.

Le Théâtre Le Public à Uccle devrait ouvrir en janvier 2027

Partout en Europe, on observe une montée de l'extrême droite, avec, dans certains pays, une polarisation de la culture. Comme en Allemagne, où l'AFD (parti antimigrants et prorusse) a gagné les élections en Saxe-Anhalt tandis que Die Linke (gauche radicale) a remporté les législatives régionales de Berlin. Cela vous inquiète-t-il ?

Une culture à plusieurs ? Oui, c'est ce qui risque de se passer. Au niveau local, municipal, il peut y avoir une politique [culturelle], mais elle restera limitée dans son impact. Puis ça changera vite. En revanche, c'est au niveau national qu'il peut y avoir de vrais dégâts, pas que dans le secteur de la culture d'ailleurs. Les résultats des présidentielles en 2027 en France m'inquiètent. Depuis quelques années, on se demande qui va être le candidat en face du candidat de l'extrême droite. C'est flippant !

→ Bruxelles, Le Public, jusqu'au 31 octobre, 1h45. Infos et rés. au 02.724.24.44 ou sur www.theatrelepublic.be

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