Le gouvernement a annoncé le renforcement de la protection de trois aires marines protégées en Guadeloupe, dans les terres australes et antarctiques françaises et en baie d’Audierne, dans le Finistère. Cette dernière doit permettre de préserver une espèce d’oiseau, le gravelot à collier interrompu.
La baie d’Audierne, dans le Finistère, le 29 juin 2018. DANIELE SCHNEIDER / PHOTONONSTOP VIA AFP
Un an après la Conférence des Nations unies sur l’océan à Nice, la France veut montrer qu’elle maintient son cap. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, et la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, ont annoncé ce lundi 8 juin le renforcement de la protection de trois aires marines protégées (AMP).
Ces trois aires sont situées en Guadeloupe, dans les terres australes et antarctiques françaises et… en baie d’Audierne, dans le Finistère. Avec le renforcement de la protection dans ces trois nouvelles zones, le gouvernement assure maintenir le cap fixé lors de l’Unoc, avec 14,68 % de ses eaux placées en protection forte.
Monique Barbut s’exprimait en ouverture du « Neptune Forum », qui se veut le « Davos de l’exploration de l’océan », organisé ce lundi au Jardin des Plantes à Paris, un an après la conférence des Nations unies sur les océans, à Nice. Celle-ci s’était conclue par la ratification par 50 pays du traité sur la haute mer (dit BBNJ), accord international destiné à mieux protéger les eaux internationales, soit la moitié de la planète.
Préserver le gravelot à collier interrompuPour ce qui est de la baie d’Audierne, au large du Finistère, il s’agit de préserver une espèce d’oiseau, le gravelot à collier interrompu. Selon la Ligue de protection des oiseaux (LPO), la plus grande partie de ses populations est en déclin, avec « un recul patent dans le nord-ouest et le centre de l’Europe ».
Deux gravelots à collier interrompu sur une plage en Bretagne. MICHEL RAUCH / BIOSPHOTO VIA AFP
En France, le gravelot à collier interrompu est présent sur l’ensemble du littoral. Sa population diminue fortement dans le Nord et la région méditerranéenne et à l’inverse est stable, voire en augmentation, dans l’Ouest (côtes de la Manche et de l’Atlantique). Il est malgré tout « considéré comme en déclin en Europe », explique l’association sur son site internet.
Le problème principal pour le gravelot à collier interrompu est la forte pression humaine sur ses sites de nidification et de stationnement – tourisme, activités de sports de plage, voire urbanisation. « Lors de sa nidification, on interdit les chiens et les voitures », a donc expliqué Catherine Chabaud, détaille France 3.
4 % des eaux françaises réellement protégéesL’objectif du gouvernement est d’interdire ou d’encadrer les activités humaines dans cette zone dont la protection est renforcée. « Nous créons des aires marines protégées là où il y a des activités humaines », a résumé la ministre. Toutes les AMP ne bénéficient pas du même niveau de protection. Certaines sont des réserves intégrales où toute activité humaine est interdite, mais d’autres permettent la pêche industrielle et du chalutage de fond, une technique de pêche destructrice qui consiste à lester les filets, raclant et détruisant les fonds marins. L’Etat s’est donc fixé comme objectif d’atteindre 14,68 % de ses eaux bénéficient d’une protection dite « forte ».
Sauf que la définition française de la « protection forte » - la catégorie dans laquelle vient de basculer la baie d’Audierne - est moins stricte que celle de référence de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Pour le collectif Bloom, une aire est « intégralement » protégée si les techniques de pêches industrielles « destructrices » (pêche électrique, chalutage de fond) y sont interdites. La protection « haute », le niveau d’au-dessous, autorise la pêche très régulée ou traditionnelle.
En France, la protection revendiquée comme « forte » se contente de « limiter » les activités pouvant avoir des impacts sur la biodiversité… Sans y interdire la pêche industrielle. De quoi dépiter Joachim Claudet, directeur de recherche au Centre de recherches insulaires et Observatoire de l’Environnement du CNRS et coauteur d’un rapport sur les AMP, qui déplorait auprès du « Nouvel Obs » en 2025 : « Ça donne l’impression que l’ambition la plus haute française correspond à l’entrée de gamme de ce qu’est une aire marine protégée au niveau international. »
Par Service Actu
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