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« NAZA », entre choc et impuissance, les premiers spectateurs ont vu le documentaire : « On se sent vides »

Дата публикации: 13-10-2026 09:29:32

Les premiers spectateurs français du documentaire se sont confiés au « HuffPost » après avoir découvert le film en salle.

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Culture 13/10/2026 05:45 Actualisé le 13/10/2026 11:29

Les premiers spectateurs français du documentaire se sont confiés au « HuffPost » après avoir découvert le film en salle.

Le film documentaire « NAZA » décrit le fonctionnement de la stratégie de destruction mise en place par Israël dans la bande de Gaza après l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

MK2 Films

Le film documentaire « NAZA » décrit le fonctionnement de la stratégie de destruction mise en place par Israël dans la bande de Gaza après l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.

NAZA, le documentaire des journalistes d’investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor est sorti en salle ce lundi 12 octobre pour une exploitation de seulement deux jours dans les cinémas français.

D’une durée d’1 h 17, ce film documentaire tourné de nuit, sur les toits de Tel-Aviv, donne la parole à 24 militaires et membres des services de renseignement israéliens. Anonymement, ils décrivent la façon dont l’armée israélienne tue de façon systématique de nombreux civils dans la bande de Gaza, en s’appuyant sur ce qu’ils ont vu ou à partir de leur contribution personnelle à cette stratégie de destruction.

Grâce à un visa d’exploitation exceptionnel, NAZA est visible dans 500 salles françaises jusqu’au mardi 13 octobre. Il sera ensuite proposé gratuitement (une volonté des réalisateurs) sur le site du journal britannique The Guardian au mois de novembre. Avant qu’il ne soit accessible sur Internet, Le HuffPost a décidé de se rendre à l’UGC Ciné Cité Bercy à Paris, afin de recueillir les attentes des premiers spectateurs français avant la séance et, surtout, leurs impressions à l’issue de la projection.

Une séance complète

Devant ce grand multiplex parisien, une première chose saute aux yeux : la seule séance du jour affiche complet et ils sont nombreux à avoir été pris de court par cette affluence. Françoise*, 72 ans, fait partie des déçus. « C’est d’utilité publique d’avoir accès à ce genre de film qui sont trop rares en salles et qui n’ont pas l’exposition médiatique qu’ils méritent… Mais si les séances sont complètes c’est d’une certaine manière bon signe ! », relativise-t-elle.

« D’utilité publique », c’est aussi l’argument avancé par Nassim, 35 ans, privé de séance lui aussi. « C’est toujours intéressant d'avoir le point de vue de deux Israéliens qui sont manifestement contre ce qu’il se passe en Israël, parce que je ne suis pas certain que tous les Israéliens soient d’accord avec leur gouvernement. Et c’est en allant voir ce genre de film qu’on soutient aussi la contestation sur place », nous livre-t-il.

Même cas de figure pour Arthur, 43 ans, qui comme presque tous les spectateurs rencontrés évoque « la Mostra de Venise » comme point de départ de sa découverte de NAZA. « Je n’avais pas anticipé cette sortie si brève. Après tant mieux et je comprends la stratégie (de sortie sur deux jours pour être accessible en ligne rapidement, ndlr) et je la soutiens tout à fait. L’essentiel c’est l’impact », estime le quadragénaire. Désormais en quête d’une nouvelle séance, il souhaite « tout simplement en savoir plus, (s)e documenter, approfondir (s)a compréhension et (s)a connaissance de ce qui se passe là-bas ». Et ce, même si sa « conviction est déjà faite », au regard des « études qui ont été faites par les ONG et les organisations internationales ».

« C’est hyper dur de trouver les mots »

19 h 30. Sortie de séance. L’ambiance est particulièrement lourde, mais pas silencieuse. « C’est sans appel et courageux », glisse timidement Benjamin, 29 ans, pour qui ce film nous place « face à notre complicité et notre aveuglement ».

« C’est fondamentalement ce que je craignais. On voit un génocide et comment il est orchestré. Avant on avait 30 ans de délai avant de découvrir ce genre de choses. Là ça se passe sous nos yeux et on en est témoin. C’est tout ce que notre monde nous fait vivre en ce moment : un sentiment d’impuissance », constate amèrement Ondine, 50 ans.

« On se sent absolument vide et je pense que c’est hyper dur de trouver les mots », nous confient d’une même voix Jeanne et Romane, la trentaine. « Voir cette institutionnalisation de l’horreur et ces hommes, qui sont des acteurs du génocide en cours, se déresponsabiliser totalement et se considérer comme de simples employés, c’est tellement terrifiant. D’autant que tout est contrôlé par une IA… Tu as vraiment l’impression que c’est le pire de l’époque », abonde l’une d’entre elles, encore sidérée.

Certains arrivaient pourtant armés avant cette séance, comme François, Sabine et leur fille. « Ça fait trois ans que l’on suit, un peu par la force des choses, la situation là-bas. C’est le génocide le mieux documenté de l’histoire, mais là, ce qui est édifiant c’est qu’on voit les principaux acteurs, qui tuent à distance et sont ravagés par tout un processus de déshumanisation », livre ce père de famille de 50 ans. D’autres étaient moins préparés, à l’instar de Tristan*, la vingtaine, qui pensait pourtant être « un peu informé de la situation », notamment via les réseaux sociaux. « On voit beaucoup de choses, mais là on se rend compte qu’on ne connaît même pas 10 % de ce qui se passe et surtout à quel point c’est organisé ». Déboussolé, il confie son choc d’avoir été confronté aux acteurs de cette stratégie : « Ils te le disent avec un tel aplomb… Ils te disent les yeux dans les yeux : “on faisait ça, c’était notre mission” », dit-il.

« Il ne faut pas nous épargner »

Léo, spectateur de 20 ans, en plein débat avec Martin, 22 ans, a quand même un reproche à adresser à NAZA : sa durée. « Je comprends la nécessité que ce film ne dure qu’1 h 15, il y a un besoin de montrer ce film, d’informer. Mais je ne peux pas dire que c’est un bon montage », déplore l’étudiant. Il réclame une version complète des entretiens. « Même si elle fait 16 ou 20 heures… Il la faut, au moins à l’écrit, c’est une nécessité parce que dans le film, certains témoins assument de vouloir nous épargner des détails. Il ne faut pas nous épargner et tout donner, tout montrer » affirme-t-il.

Son ami, plus indulgent, imagine un entre-deux, « comme le ferait Mediapart dans un contexte français », avec un article complémentaire et détaillé du Guardian (producteur du film, ndlr) pour « résumer et expliquer point par point ce qui est dit et qui ne passe pas le montage du film ». Dans tous les cas, Martin juge le film « nécessaire, il n’y a pas de débats là-dessus ».

À l’issue de la séance, rares sont ceux qui n’ont pas évoqué les deux dernières minutes du film, très dures, après un film épuré de toute image d’actualité au cœur de Gaza. « Le choc de la fin… Enfin. Les images de la réalité… Le film coupe là-dessus, c’est vraiment fort. Le film est fort », conclut à ce titre Sabine, profondément touchée, elle qui « n’ignorait pourtant rien » de ce qui lui a été donné de voir.

Présenté et primé à la Mostra de Venise (il a été accueilli par une ovation historique de 25 minutes), le film a immédiatement provoqué une déflagration dans la société israélienne et suscité l’ire du gouvernement de Benjamin Netanyahu, qui cherche désormais à identifier ceux qui ont osé prendre la parole pour les traduire en justice.

*Certains prénoms ont été modifiés, à la demande des intervenants.

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