Endetté et épuisé, un agriculteur du Lot-et-Garonne livre son témoignage face à la difficulté du métier. Un quotidien éprouvant qui l’a conduit, comme bon nombre d'agriculteurs, à avoir des pensées suicidaires, sans...
Endetté et épuisé, un agriculteur du Lot-et-Garonne livre son témoignage face à la difficulté du métier. Un quotidien éprouvant qui l’a conduit, comme bon nombre d'agriculteurs, à avoir des pensées suicidaires, sans jamais passer à l’acte.
"Je ne range plus rien, c'est le bordel." Jean-Jacques (prénom d'emprunt) ne cherche pas à embellir la réalité. La lassitude a pris le pas sur sa motivation. Cet agriculteur sexagénaire du Lot-et-Garonne est à bout pour un paquet de raisons. Lorsqu'il a créé son exploitation il y a une quinzaine d'années, cet ancien cadre ne s'attendait pas à rencontrer autant de difficultés.
Aujourd'hui, sa vie professionnelle n'a qu'un sens : "payer la facture", avoue-t-il. Entouré de sa centaine de chèvres, il embraye : "On n'est pas bien rémunérés, j'estime que ce qui est fait à l'égard des agriculteurs c'est de la maltraitance. Les entreprises laitières, les coopératives et les distributeurs trouvent des moyens pour nous payer moins. Nous sommes leur variable d'ajustement. Aucun corps de métier n'accepterait d'être traité de la sorte."
Jean-Jacques vend le lait de ses chèvres pour une somme comprise entre 0,84 et 0,86 € par litre. Il s'est placé en redressement judiciaire depuis octobre 2025. "Ça gèle les dettes, la banque ne peut rien réclamer, ni faire de saisie", confie comme soulagé Jean-Jacques.
"J'ai une approche particulière de la mort"Son exploitation confrontée à un incendie, son corps à la maladie, il n'a pas été aidé par les aléas de la vie. Sans oublier que son épouse a aussi fait un burn-out, "car elle travaillait beaucoup à la ferme. Ce sont des choses qui nous ont demandé beaucoup de trésorerie, reconnaît-il. Avant cette époque-là, quand une facture arrivait, on faisait le chèque sans même regarder le montant. Avec la guerre en Ukraine, tout a explosé. On s'est retrouvé à devoir payer à 9 000-10 000 € d'électricité contre 3 500-4 000 avant."
Un quotidien guère réjouissant qui a fait se poser des questions à Jean-Jacques. "Il y a des moments où vous vous dites que la solution pour digérer les dettes est de se foutre une balle. Comme ça le sujet est clos, tranche-t-il. J'ai une approche particulière de la mort. La vie dépend de ce qu'on en fait, j'essaie d'en avoir une intéressante et honnête. Ce qui est pénible, c'est la maltraitance."
"J'aime ma femme, je ne veux pas la rendre malheureuse"Le suicide est un sujet tabou, peut-être encore plus chez les agriculteurs. En France, le risque de passer à l'acte chez cette partie de la population est supérieur de 30 % à 46 % par rapport aux autres tranches de la société. Pour autant, Jean-Jacques n'a jamais voulu s'ôter la vie. "J'aime ma femme, je ne veux pas la rendre malheureuse. Ça ne rentre pas dans mon disque dur. Si je ne suis pas passé à l'acte, ce n'est pas à cause de la peur car je crois en Dieu. Je suis quelqu'un quand je prends une décision, je ne l'applique pas immédiatement. Je prends le temps de la réflexion pour être sûr de vraiment vouloir la faire."
Malgré toutes les difficultés, Jean-Jacques reste un homme heureux. C'est là le principal. "Mon caractère fait que j'aime la solitude. J'ai aussi découvert que dans l'agriculture il y a beaucoup de pudeur et de dignité. Je suis bien avec ma femme et mes bêtes. Quand je regarde ce monde-là, je suis bien."