« Cela concrétise toutes les suspicions que nous avions. » Pour Maître Pierre Debuisson, l’avocat d’une dizaine d’enfants intoxiqués par la bactérie E. coli l’an dernier à Saint-Quentin (Aisne), la...
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Après des mois d'enquête, la justice a mis en examen six bouchers de Saint-Quentin, soupçonnés d'avoir vendu de la viande d’animaux abattus clandestinement. L'affaire, qui avait entraîné l'intoxication d'une trentaine de personnes et le décès d'une fillette de onze ans, illustre non seulement le risque sanitaire de la viande halal mais aussi l’ignorance des consommateurs.
Par Marie de Greef-Madelin Publié le 28 septembre 2026 à 15h26 Mis à jour le 29 septembre 2026 à 9h50
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« Cela concrétise toutes les suspicions que nous avions. » Pour Maître Pierre Debuisson, l’avocat d’une dizaine d’enfants intoxiqués par la bactérie E. coli l’an dernier à Saint-Quentin (Aisne), la décision des juges ressemble à une première victoire. Elle arrive après des mois d’attente, et une vague d’intoxications qui a frappé une trentaine de personnes et emporté une fillette de 11 ans. À l’origine du drame, selon l’avocat, un « réseau clandestin ». À l’occasion de la fête de l’Aïd, une ferme proche de Saint-Quentin aurait servi de lieu d’abattage, sans la moindre règle sanitaire ni contrôle d’hygiène. Selon les informations de L’Aisne Nouvelle, une cinquantaine de moutons halal y auraient été vendus à des bouchers, avant d’être abattus puis découpés dans leurs boutiques, voire chez des particuliers, hors de tout contrôle vétérinaire.
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Six bouchers ont été mis en examen, pour « recel » et « abattage illicite d’un animal en dehors d’un abattoir ». Tous sont à la tête de commerces halal de Saint-Quentin : les boucheries La Direction (boulevard Henri-Martin), Family (boulevard Gambetta), El Baraka (avenue Robert-Schuman) et La Fayette (rue Raspail), ainsi que le supermarché TMS Market (rue du 19-Mars-1962). Ils sont actuellement fermés « temporairement ». L’un d’eux serait aussi propriétaire d’un restaurant oriental de la ville. En revanche, le gérant du rayon boucherie de l’Intermarché de Gauchy a été mis hors de cause. Ce qui n’est pas sans poser la question de la viande halal vendue dans les supermarchés à l’insu du consommateur. Et pour cause : il n’existe pas d’étiquetage sur le mode d’abattage des animaux. Chacun peut consommer sans le savoir, -et sans le vouloir,- des viandes halal puisqu’aucune mention informative n’est obligatoire.
Rappelons que l’abattage rituel, casher ou halal, consiste à trancher d’un coup net les vaisseaux sanguins du cou de l’animal vivant, sans étourdissement préalable, et implique la présence d’un sacrificateur musulman qui se tourne vers la Mecque. Cette pratique est interdite par la loi européenne – le risque sanitaire étant justement augmenté – mais toléré en France par décret depuis 1964.
Dans la revue Sesame (Inrae), Félix Jourdan, docteur en sociologie (Inrae/université de Montpellier), spécialiste de l’abattage des animaux de ferme, s’est penché sur l’abattage rituel « à rebours du « bien-tuer » contemporain ». Après avoir visité de nombreux abattoirs, il explique comment la pratique est devenue « intolérable », au sens du sociologue et anthropologue Didier Fassin : « simultanément inacceptable et insupportable ». Il observe que l’abattage rituel sans étourdissement est aujourd’hui largement réprouvé au sein des filières de la viande. « Depuis quelques années, associations de protection animale, professionnels (éleveurs, vétérinaires, etc.), opérateurs économiques (industriels de l’abattage, représentants des filières viande, etc.), acteurs de la recherche et de l’expertise ou institutionnels critiquent, de façon explicite ou implicite, la dérogation à l’étourdissement dont bénéficient les cultes juifs et musulmans », écrit-il.
Souffrance inutile pour l’animalD’autant que cet abattage entraîne une souffrance inutile pour l’animal, qui peut mettre jusqu’à quatorze minutes à mourir ; curieusement, cela n’émeut guère les écologistes. Il s’accompagne aussi d’un risque accru de contamination de la carcasse, même lorsqu’il est réalisé en abattoir agréé. La saignée se fait par égorgement, avec souvent section de l’œsophage et régurgitation du contenu de l’estomac, lequel abrite des E. coli. La vache saignée est hissée tête en bas, ce qui peut la conduire à déféquer, avec un risque de souillure de la plaie du cou ou de la viande par son propre contenu intestinal et digestif.
Ensuite, la bactérie E. coli, présente dans les matières fécales animales ou humaines, peut provoquer une infection et un syndrome hémolytique et urémique (SHU), qui entraîné une insuffisance rénale aiguë et de graves problèmes sanguins, avec pour conséquences possibles le coma ou la mort. Plusieurs enfants contaminés dans l’Aisne ont été atteints d’un SHU. Leurs familles attendent du procès à venir d’être indemnisés, et une prise de conscience : les considérations religieuses ne peuvent pas primer sur la sécurité sanitaire.
Reste celle de l’information du consommateur. En 2022, Nicolas Dupont-Aignan avait déposé une proposition de loi pour rendre obligatoire l’étiquetage des viandes issues d’animaux abattus selon le rite musulman ou juif, qui n’a pas abouti. Le scandale de Saint-Quentin aurait pu être évité.
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