Le président ukrainien déplore une « trahison » de Donald Trump, qui ne cesse de se rapprocher de la Russie ces derniers jours et menace d’encore réduire son soutien à Kiev.
International 15/10/2026 15:04 Actualisé le 15/10/2026 16:32
Le président ukrainien déplore une « trahison » de Donald Trump, qui ne cesse de se rapprocher de la Russie ces derniers jours et menace d’encore réduire son soutien à Kiev.
Il aura fallu quelques secondes de réflexion à Volodymyr Zelensky pour répondre à cette question. « Vous sentez-vous trahi » par Donald Trump, l’interroge le journaliste britannique Piers Morgan. « Oui », finit par lui rétorquer le président ukrainien dans une interview diffusée ce mercredi 14 octobre.
Entre l’accord pétrolier très controversé entre les États-Unis et la Russie, le double standard de Washington pour réagir aux frappes russes et ukrainiennes, et dernièrement des inquiétudes sur des coupures du renseignement américain à Kiev, difficile de ne pas voir un revirement total de Donald Trump vers Vladimir Poutine ces derniers jours.
C’est en tout cas comme cela que le perçoit Volodymyr Zelensky, qui a jugé très sévèrement les décisions de son homologue américain. « C’est regrettable de perdre un partenaire solide, mais ce n’est pas de notre fait. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être faibles. Pour nous, ce n’est pas une question de business, il s’agit de nos vies, de notre pays, de nos enfants. C’est pourquoi il est douloureux de voir Trump décider de se ranger du côté de la Russie. Ce n’est pas le bon côté de l’histoire », a-t-il poursuivi auprès de Piers Morgan.
Volodymyr Zelensky en a d’ailleurs remis une couche sur son compte X ce jeudi matin. « Nous avons besoin d’HONNÊTETÉ de la part de nos partenaires au sujet de cette guerre : il est important que tous, en Amérique, se rangent non pas du côté de l’agresseur, mais du côté de nos efforts pour protéger des vies, mettre fin à cette guerre et garantir la sécurité ».
L’illusoire « cessez-le-feu » énergétiqueMême après sa rencontre pour le moins houleuse dans le Bureau ovale en février 2025, le président ukrainien n’avait pas témoigné d’une frustration aussi franche envers les décisions de Donald Trump.

HANDOUT / AFP
Ici photographiés lors d’une rencontre le 22 janvier 2026 à Davos, les relations entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump se sont de nouveau sévèrement tendues.
Tout a commencé par l’accord surprise sur le pétrole avec la Russie, annoncé par le président américain en fin de semaine dernière dans l’espoir de remettre du gazole sur les marchés et de faire baisser les prix à la pompe. Une décision qualifiée d’« indigne » par Zelensky. Il y a ensuite eu son annonce unilatérale d’un « cessez-le-feu » énergétique entre l’Ukraine et la Russie, en aucun cas respecté par Moscou : des frappes russes sur des centrales électriques à Kiev ont privé 600 000 personnes de courant et de chauffage en début de semaine.
Face à cela, Volodymyr Zelensky a annoncé au Financial Times que « l’interdiction [de frapper] a été levée », et une raffinerie près de Moscou a d’ailleurs été touchée ce jeudi matin. Un message très clair envoyé à Donald Trump, alors que le président américain impute à l’Ukraine la responsabilité de la pénurie mondiale de carburant et la flambée des prix, pourtant largement due à sa guerre en Iran.
Une coupure du renseignement américainEnfin, plus inquiétant peut-être, le président ukrainien dénonce désormais des restrictions américaines sur le renseignement militaire, « une grave erreur » qui « entraînera de nombreuses pertes humaines » selon lui.
Les responsables militaires ukrainiens affirment que certains de leurs accès au réseau de satellites Starlink, et plus précisément sa branche militaire Starshield, ont été restreints à partir de la nuit de mardi à mercredi, sans information préalable. Or, ce système commercialisé par SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, est capital pour Kiev dans sa lutte antiaérienne, notamment pour intercepter les attaques de drones russes.
« Lorsque Kiev leur a demandé une explication, les responsables américains ont blâmé la météo », rapporte CNN. Volodymyr Zelensky a apporté une tout autre explication auprès du Financial Times, affirmant que Washington a clarifié les choses : « si vous n’arrêtez pas [les frappes sur les raffineries], nous allons bloquer le renseignement ».
Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article, même Elon Musk, loin d’être un fervent soutien de Zelensky (dont il a encore appelé à la démission ce mercredi), a affirmé que les autorités américaines étaient derrière le blocage de son réseau satellitaire. « Les systèmes Starshield sont détenus et contrôlés par le gouvernement américain. Toute limitation de débit ou d’utilisation est décidée par l’armée américaine et en fin de compte par le président américain », a-t-il écrit sur X.
Une réunion à Bruxelles ce vendrediC’est dans ce contexte une nouvelle fois houleux que Volodymyr Zelensky sera présent ce vendredi au Conseil européen. S’il est officiellement invité pour discuter de la procédure d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, on peut imaginer que la question du soutien militaire à Kiev et les incertitudes sur le comportement de Donald Trump occuperont surtout les esprits.
Interrogé sur la « trahison » de Donald Trump déplorée par Volodymyr Zelensky, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a préféré tempérer. « La vérité, c’est que ça fait bien longtemps que l’Europe, que nous assumons l’essentiel du soutien à l’Ukraine et de la pression sur la Russie », a-t-il assuré ce jeudi sur France Inter.
« Deux tiers du renseignement qui est fourni à l’Ukraine l’est aujourd’hui par les Européens, et singulièrement par la France », a aussi insisté le ministre des Affaires étrangères. Même si auprès du Washington Post, un responsable diplomatique européen estime que l’apport américain sera « difficile à remplacer ».