Directeur de l’office de tourisme du Limouxin, Fabien Perrot participait le vendredi 9 octobre au lancement d’un séjour découverte de l’écotourisme en Haute Vallée, organisé par l’association Les imaginaires en...
Directeur de l’office de tourisme du Limouxin, Fabien Perrot participait le vendredi 9 octobre au lancement d’un séjour découverte de l’écotourisme en Haute Vallée, organisé par l’association Les imaginaires en transition. L’occasion pour lui d’évoquer les nécessaires mutations que doit engager le secteur.
Dans son "édito" de la brochure d’information 2026 de l’office de tourisme du Limouxin, le président de la communauté de communes – et maire de Limoux – Pierre Durand formule un vœu, adressé aux potentiels visiteurs : "Nous espérons que vous ressentirez la chaleur humaine et l’authenticité qui nous distinguent." Cette authenticité, il en a longuement été question vendredi 9 octobre, à Luc-sur-Aude, lors de la soirée de lancement de l’Educ’Tour concocté par Les imaginaires en transition : un séjour dédié à l’écotourisme, une autre façon de découvrir les territoires, faite de rencontres, de partage de savoir-faire avec des artisans ou agriculteurs, et ancrée dans l’environnement.
Un créneau loué par Fabien Perrot, le directeur de l’office de tourisme, présent à Luc-sur-Aude : "Je pense que c’est ce que les gens recherchent, des choses simples, de l’authenticité. Si ça peut paraître très basique, je pense que c’est le fondement du tourisme d’aujourd’hui et de demain. Et je crois que toutes les formes de tourisme cherchent à se réinventer." Un fil rouge qui imprègne la stratégie de l’office, autour de quatre axes : œnotourisme, avec une destination labellisée Vignobles & Découvertes depuis 2018 ; l’itinérance, autour des possibilités offertes à VTT, à cheval, ou en randonnée pédestre ; le patrimoine ; et enfin l’événementiel, forcément, sur les terres qui hébergent le carnaval le plus long du monde.
Un secteur qui va faire face à de très gros problèmes, entre les événements climatiques et la question de l’accès à l’eau
Quatre pratiques qui, assure Fabien Perrot, ont tout intérêt à faire un pas de côté. Un changement de paradigme évoqué autour de l’œnotourisme. Et d’une viticulture qui reste une force, réelle, du Limouxin. Mais aussi un "secteur qui va faire face à de très gros problèmes, entre les événements climatiques et la question de l’accès à l’eau". Si, concède Fabien Perrot, les vins effervescents sont sans doute moins affectés par la chute de consommation, d’autres coups durs peuvent frapper, à l’image des caprices trumpistes sur les droits de douane. Des réalités perçues par la filière : "Les viticulteurs viennent vers nous en disant qu’ils veulent sortir de leurs schémas classiques." Mais entre envie et réalité, le pas est parfois complexe à franchir : "Sur l’œnotourisme, nous comptons officiellement plus de 70 prestataires. Mais quand on veut aller au-delà de la simple dégustation/vente, on trouve moins de monde pour aller vers des vraies rencontres, des échanges avec les visiteurs." Une pratique forcément chronophage, qui implique de se repenser.
Oui, on peut développer de l’économie au travers de pratiques plus tournées vers l’humain
Mais qui émerge. Le 18 octobre, dans le cadre de Vignobles en scène, le Domaine de Fourn et la famille Robert, à Pieusse, proposent une itinérance gourmande : un parcours de 7,3 km et 160 m de dénivelé à travers les vignes ; à l’arrivée, l’incontournable récompense faite de Blanquette et produits locaux, bien sûr. Mais au fil de "l’itinérance gourmande", les participants découvriront des vignes agrémentées d’œuvres d’art fournies par l’association L’art à Magrie, et profiteront de la visite guidée d’une chapelle. Sans doute pas une surprise sur ce domaine exploité par la 4e génération de la famille Robert, où depuis 2024 l’escape game "Le secret de mes pépés" plonge les visiteurs dans l’histoire de l’exploitation, au coeur du caveau. La preuve, pour Fabien Perrot que, "oui, on peut développer de l’économie au travers de pratiques plus tournées vers l’humain".
Ce virage, c’est aussi sur l’itinérance que le tourisme doit le négocier. La Vélocipédie, trois jours à vélo de Bram à Montségur, à raison d’une soixantaine de km par jour, associe quatre offices (Limouxin, Pyrénées Cathares, Pyrénées audoises, Collines Cathares). Et a rassemblé du 11 au 13 septembre 2026 une centaine de participants. Au programme, nuits en camping, découverte de produits du terroir. "De la rencontre, avec des valeurs simples, avec beaucoup de Montpelliérains et Toulousains", résume Fabien Perrot, autour d’une pratique qui séduit. La Vélosud, 13 étapes et 650 km entre Biarritz et Le Barcarès, emmène sur les routes de Couiza, de Bugarach et des gorges de Galamus : "C’est le 4e itinéraire de tourisme à vélo le plus recherché sur internet", résume le directeur de l’OT. Une appétence qui inspire : "A Cubières-sur-Cinoble, la maire a manifesté son objectif de devenir un hotspot du vélo, et a sollicité pour cela l’office et le parc naturel régional." Entre paniers-repas pour les cyclos et projet de Tiers lieu proposant des réparations, les idées sont là. Avec la nécessité, rappelle au passage Fabien Perrot, de changer la donne pour les hébergeurs, longtemps habitués aux réservations à la semaine.
Plus de 21 000 visiteurs pour les trois sites Pays Cathare en 2025De nouvelles attentes et de nouvelles pratiques qui passeront aussi par le patrimoine. Incontournable sur des terres audoises où le changement climatique frappe plus vite et plus fort qu’ailleurs : "Quand on subit six canicules entre mai et septembre, il faut réfléchir aux modèles, et notamment aux horaires d’ouverture et de visite." Une adaptation à décliner sur la question de l’événementiel. Avec un discours qui va au-delà des "ailes de saison" longtemps évoquées pour sortir du tout estival : "C’est désormais du tourisme 4 saisons qu’il faut." Une offre "plus diffuse", donc. "Dans le temps", donc. Avec à la clé "des retombées plus régulières tout au long de l’année". Mais aussi "sur le territoire", en misant sur des sites "plus confidentiels". Car si le Limouxin peut tabler sur ses deux abbayes (Alet, Saint-Hilaire) et son château (Arques) parmi les sites Pays Cathare, avec plus de 21 000 visiteurs cumulés en 2025, Fabien Perrot rappelle aussi l’atout que peut être l’abbaye Sainte-Marie de Rieunette, "une des plus belles églises cisterciennes de France" : une carte à abattre pour ce "slow tourisme" tant recherché.