Après le fiasco du week-end dernier, le gouvernement entend reprendre la main et a annoncé le renfort de plusieurs forces militaires dans la capitale le 24 octobre.
Après le fiasco du week-end dernier, le gouvernement entend reprendre la main et a annoncé le renfort de plusieurs forces militaires dans la capitale le 24 octobre.

ADNAN FARZAT / NurPhoto via AFP
Laurent Nuñez à l’Assemblée nationale.
Il déploiera « évidemment » l’armée dans les rues de la capitale. Ce mardi 20 octobre, lors de la traditionnelle séance de questions au gouvernement, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé l’envoi de forces militaires à Paris le 24 octobre, qui s’annonce comme une nouvelle grande journée de mobilisation sociale.
Acculé après le fiasco du week-end dernier (pillages de magasins, saccages dans les rues...), le gouvernement entend reprendre la main. Laurent Nuñez a d’ailleurs assuré, en réponse à la question d’une députée RN : « C’est moi qui serai aux commandes et comptez sur ma fermeté ». Selon le ministre, les forces de l’opération Sentinelle auront ainsi pour mission de prendre le relai « des forces de sécurité intérieure » et de se substituer à elles sur des missions statiques. Objectif : « Dégager des policiers et des gendarmes pour assurer des missions de maintien de l’ordre ».
Ainsi, il ne sera pas demandé aux soldats de faire du maintien de l’ordre (ce qu’ils ne font plus en France depuis un siècle, hors période de guerre) mais de sécuriser certains sites symboliques, par exemple des mairies, des ambassades ou tout autre bâtiment officiel, qui mobilisent, habituellement du « bleu ». Depuis les attentats de 2015, 10 000 militaires sont d’ailleurs déjà présents sur le territoire national pour protéger, par exemple, les gares, les aéroports ou les lieux de culte. Ils ont aussi participé à une partie de la sécurisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Au-delà de ces hommes, reconnaissables à leur treillis militaire, des unités telles que la BRI, le GIGN, le RAID mais aussi les blindés Centaure de la gendarmerie pourront être mobilisés. Sébastien Lecornu l’a promis : le dispositif sera « massif ».
« Ambiance de guerre civile » pour LFIDes annonces qui indignent une partie de la gauche. La députée européenne LFI Manon Aubry estime « qu’une ligne rouge est franchie ». Pour elle, le gouvernement « veut créer une ambiance de guerre civile en déployant nos forces armées face à la contestation populaire ». « La dérive autoritaire est totale », dénonce aussi la députée Gabrielle Cathala.
Au PS, le maire de Paris Centre Ariel Weil semble quant à lui accepter l’idée. « Si à un moment donné, on est pris de court, on n’a pas assez de moyens, il vaut mieux la présence de l’armée qu’une nouvelle nuit de pillage », exprimait-il en amont des annonces de Laurent Nuñez, le 19 octobre, tout en reconnaissant que « ce n’est pas l’idéal ».
Du côté des policiers, l’idée est loin de faire l’unanimité. « Les militaires ne sont pas faits pour intervenir dans les centre-villes. Ils sont faits pour travailler sur les terrains exétrieurs et les terrains de guerre », a rappelé le délégué UNSA Police Rudy Manna sur BFMTV.
Vers des interdictions de manifester ?Plus largement, le gouvernement entend montrer les muscles, comme pour répondre au procès en impréparation et en amateurisme qui a été instruit contre lui le 17 octobre. Il prépare ainsi le terrain à des interdictions de manifestation, même celles « qui seraient déclarées et dont l’organisateur ou le service d’ordre ne laisserait pas à penser que la manifestation ne va pas déraper ».
L’idée étant bien sûr de corriger le tir après un 17 octobre calamiteux. Laurent Nuñez a lui-même dû reconnaître « une perte de contrôle » avec des dizaines de jeunes qui ont, durant plusieurs heures, pillé et saccagé des commerces sans être inquiétés par la police. Ce sont aussi les services de renseignement qui ont failli, en sous-estimant de façon très nette le nombre de manifestants.
Le 24 octobre, plusieurs organisations ont déjà annoncé leur souhait de participer à la manifestation : la CGT Paris, l’Union étudiante, FSU Île-de-France... Une demande d’autorisation a été déposée en préfecture, prévoyant un départ du cortège à 14h place de la Bastille et une arrivée à l’Opéra.