Вход на сайт

Просмотр новости

Найдите то, что Вас интересует

"Le 15 mars 2011, à Damas, j’ai manifesté contre Bachar al-Assad. Puis j’ai été emprisonné et torturé durant 47 jours”

Дата публикации: 18-10-2026 06:00:07

Yahia Hakoum a survécu aux geôles syriennes. Il a connu l’enfer, et en est revenu. Quinze ans plus tard, il raconte son calvaire, la dépression post-traumatique en Belgique, sa terre d’accueil, puis la reconstruction. Et sa nouvelle mission : retrouver les disparus, identifier les morts dans son pays meurtri par 14 ans de guerre civile. Rencontre. ...

Основное содержимое страницы с новостью.

Quinze minutes. C'est le temps qu'a eu Yahia pour manifester contre le régime tyrannique de Bachar al-Assad. C'était le 15 mars 2011, devant la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas. Quinze minutes pour revendiquer la liberté, la dignité de son peuple, la Syrie, face à un dictateur qui a fait régner la terreur dans son pays durant près d'un quart de siècle. "Ce sont les quinze minutes les plus intenses de ma vie", confie-t-il.

"La Libre" avait rencontré Yahia Hakoum il y a 13 ans, lorsque, en tant que réfugié en Belgique, il tenait des conférences dans les écoles afin de dissuader les jeunes de partir combattre en Syrie. Aujourd'hui, l'homme de 41 ans s'est reconstruit physiquement et psychologiquement. Mais les cicatrices demeurent. "Dieu, la Syrie et la liberté !" C'est ce que nous scandions dans la rue ce jour-là, portés par les images du Printemps arabe venues d'Égypte et de Tunisie. Nous avions ainsi détourné le slogan connu à la gloire d'Al-Assad : "Dieu, la Syrie et Bachar", se remémore celui qui était alors étudiant de 26 ans. "Les jours qui avaient précédé la manifestation, des centaines de personnes s'étaient inscrites sur la page Facebook de l'événement. Le moment venu, nous étions cinq dans la rue. L'ami qui devait m'accompagner n'est jamais venu. J'y suis allé seul. Bien sûr, j'avais prévenu ma famille car je savais que je finirais soit avec une balle dans la tête, soit au fond d'une prison…".

"Sous la torture, j'ai vu des gens devenir fous"

Il sera arrêté. Et emprisonné durant six jours dans une première agence de renseignement à Damas. "Durant ces six jours, j'étais seul dans ma cellule. Lors des interrogatoires, j'étais torturé : j'avais les mains attachées dans le dos, le ventre au sol, et ils me frappaient avec tout ce qu'ils trouvaient. Certains jours, j'étais suspendu par les bras ou les jambes durant plusieurs heures… Mais j'avais à manger et à boire. C'était presque le paradis, si je puis dire, par rapport à ce que je vais vivre ensuite".

Ces départs vers la Syrie ? Parole aux jeunes

Le 21 mars 2011, soit six jours plus tard, Yahia et les autres prisonniers sont rassemblés : on leur annonce qu'ils vont pouvoir sortir, que "Bachar va leur pardonner". "Le soir même, nous avons reçu à manger à volonté. On nous a même proposé des cigarettes. J'y ai cru".

Le lendemain matin, Yahia sera en réalité emmené, ligoté, les yeux bandés, dans une autre agence de renseignement. "Là, l'enfer a commencé… Nous étions onze dans une petite cellule. Nous ne pouvions pas nous asseoir. On dormait debout ou entassés les uns sur les autres. On faisait une tournante entre nous pour les places car celui qui était devant la porte de la cellule se faisait frapper par le geôlier. Quand l'un d'entre nous revenait, souvent inconscient, d'un interrogatoire sous la torture, on faisait de la place pour qu'il puisse s'allonger quelques instants. J'ai vu quelqu'un revenir avec le dos brisé, des enfants malades laissés pour morts dans les couloirs, j'ai vu des gens devenir fous, avoir des hallucinations… Et pour ma part, il m'arrivait de provoquer mes bourreaux pour en finir, pour que la souffrance s'arrête".

"Ma sœur ne m'a pas reconnu"

Au bout de 47 jours d'enfer, Yahia sera jeté d'un camion, en pleine nuit, dans les rues de Damas. Ses geôliers lui rendront sa montre, son argent et l'ordre de se représenter au même endroit deux jours plus tard afin de récupérer sa pièce d'identité. Amaigri, à peine habillé, il parviendra à monter dans un taxi qui le ramènera chez sa sœur. "Ma sœur ne m'a pas reconnu. Pas tout de suite en tout cas. Elle a identifié ma voix. J'étais méconnaissable : j'avais perdu 30 kilos, j'avais des pieds énormes, gonflés à cause des coups. Mes reins ne fonctionnaient presque plus car j'avais manqué d'eau. Durant des années, j'ai souffert de calculs rénaux, de maux de dos". Deux jours plus tard, il se représentera à la prison pour récupérer ses papiers. "Là, je n'ai plus été torturé, mais on m'a fait signer un papier attestant que je m'engageais à ne plus manifester et à dénoncer tous ceux qui manifestent…".

La disparition du Père Paolo, un trauma de plus

Le jeune homme trouvera ensuite refuge à Mar Moussa, au nord de Damas, dans un monastère catholique, auprès du Père Paolo, un jésuite italien qui accueille tous ceux qui en ont besoin. "Le Père Paolo a été quelqu'un de très important dans ma vie. J'ai fait une dépression en juillet 2013 lorsque j'ai appris qu'il avait été kidnappé par Daech. Il est désormais considéré comme disparu. Ce fut un traumatisme de plus pour moi", confie Yahia, ému. Durant son séjour au monastère, il préparera son départ de la Syrie, car rester veut dire mourir. Il passera par l'Égypte en attendant de décrocher son visa étudiant pour la Belgique.

Le père Paolo Dall'Oglio a disparu, son sort est incertain

À son arrivée à Bruxelles, Yahia est ultra sollicité par la société civile et les médias : il enchaîne les conférences au sujet de la guerre civile qui ravage son pays. "C'était une période très compliquée pour moi", se remémore-t-il. Je ne le savais pas encore, mais j'étais dans une phase déjà bien avancée de dépression post-traumatique. Bien sûr je suivais des traitements psychologiques, mais ça n'allait pas. On me sollicitait trop pour parler de la Syrie, du régime, des crimes… J'ai finalement décidé de quitter la Belgique et d'aller poursuivre mes études en relations internationales à Strasbourg. Je revenais tout de même le week-end à Bruxelles car j'avais mon statut de réfugié en Belgique".

Brillant et travailleur, il se fait rapidement remarquer dans le monde académique. En 2020, après avoir décroché un double master à Strasbourg, on leur propose d'entamer un doctorat à Paris, au Centre d'études en sciences sociales du religieux. Pour ses recherches, il voyage en Turquie, au Liban et en Jordanie.

"Le jour où Bachar est tombé, mes maux de dos ont disparu"

Mais entre les voyages et la pandémie de coronavirus, l'homme replonge cycliquement dans la dépression. "Toute ma vie était rythmée par l'évolution du conflit en Syrie. Je suivais tout, minute par minute, depuis mon appartement. Dans ma chambre, j'avais installé plusieurs écrans : un pour suivre les réseaux sociaux, un pour les connexions avec les amis et la famille restés en Syrie ou partis au Liban… Durant les dix jours qui ont précédé la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024, je n'ai pas dormi une minute". En nous parlant, Yahia réalise : "J'ai souffert de terribles maux de dos durant plus de dix ans. Le jour où Bachar est tombé, ces maux de dos ont totalement disparu. C'est fou".

Comment Bachar al-Assad a-t-il fui son pays? Le récit des dernières heures du président en Syrie

Quelques heures après la chute du dictateur qui s'est exilé avec sa famille en Russie sous la protection de Vladimir Poutine, Yahia n'a plus qu'une seule chose en tête : rentrer au pays pour retrouver "ce qu'il reste de sa famille" et pour rebâtir l'avenir. "Quand je suis rentré en Syrie, je suis allé vivre quelques mois dans une ferme avec des amis. Ce furent des moments incroyables. On se racontait ce que nous avions vécu durant ces 14 années de guerre civile, certains dormaient encore avec leurs armes à côté d'eux car c'est ce qu'avait été leur vie durant des années. On m'a proposé plusieurs jobs à Damas mais j'ai tout décliné. Ma seule envie était de comprendre ce qu'il se passait…".

Retrouver les disparus, rouvrir les fosses communes

Entre janvier et avril 2025, Yahia arpente dès lors la Syrie et découvre certaines régions totalement détruites, d'autres plutôt préservées. "Le pays a besoin de tout le monde, de tous les savoirs, de tous les savoir-faire. Et nous qui avons une expérience à l'extérieur du pays, qui avons connu autre chose que la dictature, qui savons ce qu'est la démocratie, nous avons certainement un rôle à jouer en rentrant au pays".

La Syrie opère une transition sur le temps long, avec déjà un certain succès sur la scène diplomatique

Depuis quelques mois, il dirige le Plaidoyer à la Commission nationale pour les personnes disparues en Syrie. Il rencontre les familles, les anciens prisonniers et organise les infrastructures qui doivent permettre de retrouver les disparus, d'identifier les morts. "Pour moi, c'est un travail de sens. Il n'y a pas de paix sans justice. Il n'y a pas de justice sans vérité. Et il n'y a pas de vérité sans avoir clarifié le destin des disparus. Il y a quelques semaines, nous sommes arrivés au constat que beaucoup de familles n'avaient pas osé dire qu'elles avaient un enfant disparu car la pression du régime al-Assad était telle que, pour se prémunir de représailles, elles déclaraient que leur enfant était parti en voyage, avait quitté le pays. Par ailleurs, une fois que nous aurons mis sur pied des laboratoires d'analyse d'ADN, nous irons ouvrir les fosses communes. En un an et cinq mois, nous sommes intervenus dans 200 fosses communes découvertes par hasard. Régulièrement, avec les torrents de pluie, on voit apparaître dans les champs des corps qui remontent à la surface car ils n'ont pas été enterrés profondément. Il y en a partout…".

"À refaire, je refais tout, et plus fort"

S'il passe aujourd'hui la majeure partie de son temps en Syrie, Yahia conserve un lien permanent avec la Belgique, sa terre d'accueil. C'est l'amour qui le fait revenir régulièrement à Bruxelles. Il confie à ce propos : "Avant la chute du régime, être en couple n'a jamais été facile. Aujourd'hui, je me sens prêt à construire un avenir, avec elle… Et ce sera en Syrie".

"J'ai été violé pendant deux ans par un prêtre. Après, j'étais foutu"

Libéré, réparé et confiant en l'avenir, Yahia l'assure : "A refaire, je refais tout. Oui, bien sûr, sans la moindre hésitation. Mais probablement différemment, et certainement plus fort".

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.

Схожие новости

#Наименование новостиТональностьИнформативностьДата публикации
1Стало известно о жизни сирийцев после смены власти в стране01028-07-2026
2Depuis ce jour-là07.2407-10-2026
3"J’ai 31 ans, j’ai passé toute ma vie adulte dans l’armée et je ne comprends pas vraiment comment fonctionne la vie civile"08.6713-09-2026
4The Inside Story: Syria After Assad | 17506.4919-12-2024
5The Inside Story: Syria After Assad | 175 TRANSCRIPT06.8719-12-2024
6На севере Сирии жители массово возвращаются в город Дейр-эз-Зор0015-01-2020
7'Behind every story in this book is a real Gazan who struggled to stay alive'0828-06-2026
8Беженцы из уничтоженной террористами деревни в провинции Хама в Сирии вернутся домой0012-07-2021
9Известный российский комик-военный рассказал о командировке в Сирию022.519-08-2026
10À 18 ans, en 1971, j’ai été un casseur pendant 20 minutes012.5914-10-2026

Классификация: . Схожих патентов: 0. Схожих новостей: 10. Тональность: 0. Информативность: 13.78. Источник: www.lalibrebelgique.com.