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Au cœur du Vendée Globe : “Plus je les côtoie, plus ils me fascinent et moins je les comprends”

Дата публикации: 23-10-2026 11:02:01

À l’aide de caméras embarquées, le réalisateur Thomas Sametin a raconté l’odyssée houleuse de six navigateurs partis à l’assaut de “l’Everest des mers” en 2024. Son film, “Vendée Globe, seuls autour du monde”, est à voir sur France.tv.

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À l’aide de caméras embarquées, le réalisateur Thomas Sametin a raconté l’odyssée houleuse de six navigateurs partis à l’assaut de “l’Everest des mers” en 2024. Son film, “Vendée Globe, seuls autour du monde”, est à voir sur France.tv.

Clarisse Crémer

Clarisse Crémer Federation Studio France/Box Fish Prod./Bonne Pioche Télé./Red Bull Studios

Par François Ekchajzer

Publié le 23 octobre 2026 à 13h02

Mis à jour le 23 octobre 2026 à 13h47

De mémoire de skipper, Thomas Ruyant (45 ans) dit n’avoir jamais vu l’épreuve d’une course en solitaire si bien restituée que dans Vendée Globe, seuls autour du monde. « La réalité de ce que nous vivons et avons dans les tripes est difficile à traduire en images », explique le marin. Comme les cinq autres concurrents de l’édition 2024 suivis par cette série documentaire, il a appris à communiquer lors des compétitions ses joies et ses revers au moyen de petites caméras embarquées. « Nous sommes habitués à nous filmer pour partager nos aventures jusque dans les moments les plus durs, précise la benjamine Violette Dorange (25 ans), qui a conquis voilà deux ans plus d’un million d’abonnés sur les réseaux sociaux. Le règlement du Vendée exige que nous envoyions chaque semaine un certain volume de vidéos, sans compter les photos. » Pour elle, comme pour Thomas Ruyant, engagé pour la troisième fois dans « l’Everest des mers », ces petits clips ne disent pas grand-chose de ce qu’ils endurent. « Tous ces face caméra que l’on tourne en replaçant sa mèche avant de déclencher, ça n’est pas la réalité de la course, affirme ce dernier. Pour la toucher, il faut creuser. » Ce à quoi s’est employé Thomas Sametin, auteur de cette captivante série en six volets.

Rien ne prédestinait ce Franc-Comtois à évoluer dans l’univers de la voile. « C’est arrivé par hasard, en travaillant comme monteur sur des films destinés à la communication d’une équipe. » D’une dizaine d’années passées à monter, puis à réaliser des sujets sur la préparation de grandes courses au large, Thomas Sametin a non seulement tiré une solide maîtrise de son métier et de bonnes connaissances sur celui de navigateur, mais aussi une fascination sans borne pour ces hommes et ces femmes qui n’hésitent pas à laisser derrière eux leur famille, leurs amis, pour affronter des conditions âpres et périlleuses. « Plus je les côtoie, plus ils me fascinent et moins je les comprends », confie-t-il au sortir des trois années passées sur ce projet documentaire guidé par l’ambition d’éclaircir ce mystère.

En haut à gauche, Clarisse Crémer a pris le départ du Vendée Globe 2024 après avoir été lâchée par son sponsor pour cause de grossesse ; en haut à droite, Thomas Ruyant est considéré comme le « compétiteur » parmi les archétypes choisis par le réalisateur ; en bas, Violette Dorange, la benjamine de la course, a connu une immense et inattendue popularité.

En haut à gauche, Clarisse Crémer a pris le départ du Vendée Globe 2024 après avoir été lâchée par son sponsor pour cause de grossesse ; en haut à droite, Thomas Ruyant est considéré comme le « compétiteur » parmi les archétypes choisis par le réalisateur ; en bas, Violette Dorange, la benjamine de la course, a connu une immense et inattendue popularité. Fédération Studio France / Box Fish Prod. / Bonne Pioche Télé. / Red Bull Studios

Appelé par l’organisation du Vendée Globe à poser un regard différent sur cette course mythique, Thomas Sametin a accepté sans hésiter, et composé son « casting » autour de quelques archétypes. « Thomas Ruyant avait le profil du compétiteur ; Violette Dorange, celui de la bizut — elle a été beaucoup plus que cela. J’ai été attiré par l’image sombre qu’a, dans le milieu, Jérémie Beyou [50 ans], avec son équipe vêtue de noir et son bateau arborant un taureau sur sa coque. Conrad Colman [42 ans] est un marin fantasque, d’une grande résilience et qui ne lâche rien. Clarisse Crémer [36 ans], que son sponsor avait lâchée pour cause de grossesse et qui s’était battue pour prendre malgré tout le départ, permettait d’évoquer la place des femmes dans cette course. Quant à Pip Hare [52 ans], c’est une figure singulière, d’une clairvoyance et d’une sagesse infinies. Elle n’est vraiment à son aise qu’en mer, et s’investit totalement dans la voile, au détriment de sa vie personnelle. »

Pour les filmer, cinq caméras ont été installées à bord. « Il a fallu discuter de leurs emplacements avec les équipes, réticentes à l’idée qu’on fasse des trous dans leurs bateaux, et veiller au poids de l’ensemble, tout étant calculé au gramme près. Il a fallu faire accepter nos dix kilos de matériel et les besoins énergétiques — modestes —, du dispositif. Son fonctionnement a été conçu pour peser le moins possible sur la vie des skippers, un seul bouton commandant les caméras qui fonctionnaient pendant plusieurs minutes avant de s’éteindre d’elles-mêmes. » Pour un réalisateur, rien de plus perturbant que d’être exclu du tournage de son propre film. « Quand, en novembre 2024, j’ai vu partir les six bateaux, je n’en menais pas large, reconnaît Thomas Sametin. Qu’allaient rapporter les skippers ? Allaient-ils seulement penser à appuyer sur le bouton ? À l’arrivée de chacun [entre janvier et février 2025, ndlr], je descendais dans le cockpit dès la fin des célébrations, pour en sortir les disques durs et aller voir ce qu’ils contenaient. » Au premier visionnage, il avait souvent l’impression de voir « toujours les mêmes images, tournées dans les mêmes conditions », mais un examen approfondi lui permettait de déceler quantité de détails révélateurs d’une humeur ou d’une situation particulière. Des éléments qu’il a su exploiter au montage, pour révéler la profondeur d’une aventure humaine plus encore que sportive. Car, comme le note finement Conrad Colman, « l’histoire de [leur] course se trouve moins dans [leurs] images que dans la narration qu’en ont tirée Thomas et son équipe ».

En haut et en bas, à gauche, Conrad Colman, « un marin fantasque, d’une grande résilience et qui ne lâche rien », selon Thomas Sametin. En haut, à droite, Jérémie Beyou, dont la compagne livre un témoignage. En bas, à droite  : Pip Hare, navigatrice britannique très investie, « d’une clairvoyance et d’une sagesse infinies ». 

En haut et en bas, à gauche, Conrad Colman, « un marin fantasque, d’une grande résilience et qui ne lâche rien », selon Thomas Sametin. En haut, à droite, Jérémie Beyou, dont la compagne livre un témoignage. En bas, à droite  : Pip Hare, navigatrice britannique très investie, « d’une clairvoyance et d’une sagesse infinies ».  Fédération Studio France / Box Fish Prod. / Bonne Pioche Télé. / Red Bull Studios

« Raconter un Vendée Globe supposait de ne pas se limiter à nous six, ajoute Jérémie Beyou, mais de s’intéresser aussi à celles et ceux qui restent à terre. » Du quotidien de la fille de Clarisse Crémer, dorlotée par la belle-sœur de celle-ci, à la gestion de la popularité inattendue de Violette Dorange par son père, noyé sous les messages de fans, les scènes tournées pendant la course ne manquent pas, qui enrichissent le portrait des compétiteurs. Et offrent de précieux contrepoints aux entretiens qu’ils ont accordés à Thomas Sametin quelques semaines après leur arrivée.

Voir débouler dans leur quotidien une équipe de tournage n’a pas toujours été facile pour ces femmes et ces hommes de l’ombre. En particulier pour la compagne de Jérémie Beyou, étrangère au monde de la voile et qui vivait alors son premier Vendée Globe. « Nous avons beaucoup échangé, explique le réalisateur. Et quand elle a finalement accepté de nous ouvrir sa porte, ç’a été en grand. Ce que son authenticité a mis au jour de sa relation avec Jérémie m’a beaucoup surpris. Je n’imaginais pas terminer la série avec cette scène sur le ponton, comme sortie d’un film romantique, et qui résonne fortement parce qu’ils nous avaient permis d’éclairer une facette intime de leur vie. » « À partir du moment où nous participions au film, il fallait être transparents », conclut le navigateur au cœur tendre. Et d’exprimer, comme les cinq autres, sa satisfaction d’avoir participé à cette autre aventure — celle d’un documentaire qui se révèle à leur image.

Vendée Globe, seuls autour du monde, sur France.tv à partir du 23 octobre.

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