En brossant le portrait d'une trentenaire dont le quotidien bascule après un viol, le cinéaste marseillais épouse le point de vue d'une jeunesse qui ne s'est pas construite sur les idéaux marxistes de ses héros habituels. 'Une femme aujourd'hui', un film généreux et empathique à voir depuis le 21 octobre.
En brossant le portrait d'une trentenaire dont le quotidien bascule après un viol, le cinéaste marseillais épouse le point de vue d'une jeunesse qui ne s'est pas construite sur les idéaux marxistes de ses héros habituels. 'Une femme aujourd'hui', un film généreux et empathique à voir depuis le 21 octobre.
Depuis ses débuts, à l’orée des années 1980, le cinéma de Robert Guédiguian s’est bâti comme une maison peuplée d’interprètes fidèles, les murs constellés de thèmes récurrents, pérégrinant de pièce en pièce, entre comédie, film historique, drame, romance, chronique. En presque cinquante ans, les photos ont forcément jauni. Les souvenirs se sont teintés de mélancolie, lestant les personnages d’un poids de plus en plus émouvant.
Une trentenaire indépendantePour son 25e long-métrage, le cinéaste ne quitte pas sa maison, il ne détruit pas les fondations, ouvrant juste grand les fenêtres, aère un intérieur qui risquait de sentir le renfermé et s’attache, pour la première fois de sa carrière, à une héroïne très éloignée des idéaux marxistes de ses héros habituels.
Elle, c’est Juliette (magnifique Marilou Assilloux). 30 ans. Un poste prestigieux dans la finance. Une maison magnifique. Des relations d’un soir. Et le travail qui absorbe tout, au point de négliger la famille. Une femme d’aujourd’hui, indépendante, financièrement et affectivement, qui suscite l’admiration de son père et l’incompréhension de sa mère (Ariane Ascaride), désespérant de la voir se marier et enfanter. Mais après un viol commis par un supérieur, Juliette fuit, encastre sa voiture dans La maison, un foyer pour mères célibataires qui va bouleverser son existence.
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On pouvait craindre que Robert Guédiguian ne signe avec 'Une femme aujourd’hui' un film d’hier, succombant au réflexe du boomer donneur de leçons. On découvre avec d’autant plus d’émotion la générosité et l’empathie du cinéaste qui épouse le regard de son héroïne pour éclairer sous une lumière nouvelle la question du collectif, de l’engagement, de la solidarité.
Embrassant les nuances et les paradoxes d’une communauté humaine tout sauf unie dans un idéal commun, entre le frère raciste qui imagine les chars russes envahir Marseille, certaines mères célibataires du foyer peu exemplaires, un voisin de Juliette apparemment bienveillant qui macère de vieilles rancœurs, une mère conservatrice, trop distante avec sa fille, 'Une femme aujourd’hui' convoque la guerre en Ukraine, la haine et le racisme ordinaires, les répercutions post-#MeToo, au risque de l’éparpillement.
>> A écouter, le débat cinéma sur le film 'Une femme d'aujourd'hui' :Diaphana
C’est plutôt le contraire qui nous frappe, une impression de mosaïque bariolée que le film compose avec justesse et précision, jusqu’à toucher à son cœur vibrant, son point de gravité: la reconnexion familiale. En faisant remonter à la surface un passé hanté par l’Algérie, Guédiguian semble rejouer une histoire enfouie qui va résonner intimement avec Juliette, sa mère et une aïeule oubliée.
Le cinéaste ose même flirter avec l’occultisme, un pouvoir de guérisseuse transmis de génération en génération, offrant à Juliette un don, une force intérieure, la possibilité d’amener un peu de paix, d’effacer un peu de douleur. Décidément, la maison Guédiguian n’a pas fini de nous passionner.
Rafael Wolf/sf
'Une femme aujourd’hui', de Robert Guédiguian, avec Marilou Assilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin. A voir dans les salles romande depuis le 21 octobre 2026.
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