Depuis les tours du World Trade Center ou à bord d’un avion détourné par les terroristes, des victimes des attentats de New York ont pu joindre leurs proches par téléphone, ou laisser un message sur leur répondeur. Les familles, dont beaucoup resteront privées de corps à mettre en terre, se raccrochent alors à ces ultimes paroles. Un reportage de Jean-Paul Dubois, envoyé spécial aux Etats-Unis pour « le Nouvel Obs », publié en 2001 juste après les attaques du 11 septembre.
De la fumée s’échappe de la tour 1 du World Trade Center et des flammes jaillissent de la tour 2, percutée par le vol 175 d’United Airlines, à New York, le 11 septembre 2001. CHAO SOI CHEONG/AP/SIPA
Depuis le 11 septembre, nul n’a revu Brandon Buchanan, 24 ans, employé au 104e étage du World Trade Center, et son nom, dans l’ordre de l’alphabet, figure sur la liste des 6 000 disparus. Pourtant le téléphone cellulaire qu’il utilisait au moment de l’effondrement de la tour nord continue d’enregistrer les appels qui lui sont régulièrement adressés. Par Cameron Buchanan notamment, son frère cadet âgé de 13 ans, qui chaque jour compose son numéro. Après six sonneries la messagerie s’enclenche. Alors Cameron dit : « Brandon, tu es pour moi un héros. Je veux grandir vite pour, un jour, te ressembler. » Et puis il raccroche.
Cette fois, nous sommes peut-être allés trop loin. Sans même le savoir ni vraiment le vouloir. En nous laissant emporter par notre façon de vivre, nos habitudes et le souffle des circonstances. En laissant ainsi des messages à des morts. En écoutant les leurs. En espérant quelque chose de cet échang…
Article réservé aux abonnés.
Se connecter
OFFRE DE RENTRÉE
À partir de 2,99€/mois
S’abonner