Dans « Chronique d’un pays perdu », saga teintée de réalisme magique, la grande écrivaine mauricienne réinvente le passé de son île natale. Auprès du « Nouvel Obs », elle retrace sa volonté d’offrir une nouvelle mythologie à ceux que la colonisation a dépossédés.
L’auteure mauricienne Ananda Devi photographiée à Paris, le 3 juillet 2026. JOEL SAGET/AFP
Elégance en bandoulière, la grande écrivaine mauricienne Ananda Devi est de retour. Après avoir signé la fable « le Jour des caméléons » ou le poignant « la Nuit s’ajoute à la nuit », pour lequel elle avait passé une nuit dans l’ancienne prison de Montluc, à Lyon, la femme de lettres de 69 ans, récemment couronnée du prix Neustadt pour l’ensemble de son œuvre, réimagine le passé de son île natale. « Chronique d’un pays perdu » présente Le Bouchon, village inaccessible et miraculeux dont on dit que tous ses habitants ont été engendrés par le même géniteur. Une branche issue de l’épouse d’un colon blanc, l’autre, d’une esclave noire travaillant sur le même domaine sucrier. Que produit ce métissage qui se perpétue sur les générations suivantes ? Dans le grimoire maximaliste et halluciné d’Ananda Devi, le meilleur comme le pire se produit, un garçon se change en oiseau, une mère se laisse mourir de chagrin avant de réapparaître comme une déesse végétale. Voilà l’île Maurice, terre à la population hétéroclite gangrenée par le colonialisme, pourvue d’une nouvelle mythologie. Nous en avons discuté avec la romancière, de passage à Paris début juillet.
Quelle est la genèse de « Chronique d’un royaume perdu » ?Ananda Devi En 1980, dans le cadre de recherches pour mon doctorat d’anthropologie sur les identités minoritaires, je visite un lieu à l’extrême sud-est de l’île Maurice, Le Bouchon. Les habitants de ce village en autarcie retracent l’histoir…
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