Une visite aux parents peut-elle devenir une aventure ? En trois récits qui se répondent, le cinéaste transforme la routine en expérience de cinéma. Ce soir à 23h25 sur Canal+ Cinéma(s) et disponible à la demande sur myCANAL.
Tom Waits, Adam Driver, Mayim Bialik, Vicky Krieps, Cate Blanchett, Luka Sabbat et Indya Moore dans « Father Mother Sister Brother » de Jim Jarmusch LES FILMS DU LOSANGE - CANAL+ CINEMA
L’angoisse des lieux communs, les petits rituels ronflants, la déprime sous-jacente et la mesquinerie fielleuse qui s’invitent entre la poire et le fro-mage… Avant « Father Mother Sister Brother », on aurait pu assurer que jamais Jim Jarmusch, cinéaste de l’errance et de la marge, ne viendrait jouer sur le terrain des petites histoires de famille. Mais n’allez pas croire que l’auteur de « Dead Man » ait muté en Danièle Thompson. Sacré lion d’or à Venise en 2025, son film puise plus que jamais dans sa grammaire habituelle.
Variations sur l’intimeJoies du décalage feutré, burlesque qui affleure sous la routine ou l’ennui, temps dilaté en parenthèses chatoyantes et finement hallucinées (à l’image d’un des personnages, consommateur de paradis artificiels, qui sait en doser parfaitement les effets), tous les marqueurs du cinéma de Jarmusch sont au rendez-vous ici, preuve en est que chez lui, plus qu’un autre, le style fait l’œuvre.
Découpé en trois sketchs (un autre gimmick maison), lesquels se répondent en une myriade d’échos et d’infimes variations (de pures rimes de cinéma), le film rejoue la même situation : dans la campagne américaine, le centre-ville cossu de Dublin ou la rive droite parisienne, une fratrie, jamais la même, se regroupe pour rendre visite à un de ses parents, dans ce qui s’apparente autant à une corvée qu’à un étrange voyage dans le temps.
Jarmusch fait mieux qu’orchestrer une symphonie de petits gestes, d’attentes et d’incompréhensions dans le seul but de stimuler l’œil et l’esprit : au plaisir ludique charrié par son savant dispositif, le film est aussi capable de briser ses propres règles quand ça lui chante, incorporant une part d’instinct précieuse qui lui confère ampleur et respiration. En témoigne le dernier segment du film (le meilleur), déambulation élégiaque dans les rues de Paris, qui, nourrie de mélancolie et de cool, se pose en idéal de symbiose familiale. Charme de l’ancien, beauté de la transmission, réenchantement des souvenirs, tel est le beau credo du clan Jarmusch.
◗ Vendredi 2 octobre à 23h25 sur Canal+ Cinéma(s). Comédie dramatique américaine de Jim Jarmusch (2026). Avec Adam Driver, Tom Waits, Charlotte Rampling, Vicky Krieps, Cate Blanchett, Luka Sabbat. 1h51. (Disponible à la demande sur myCANAL).
Par Guillaume Loison