Bruyères-et-Montbérault, 1 400 habitants, à une dizaine de kilomètres de Laon. Une population vieillissante, des patients à domicile toujours plus nombreux, et trois infirmiers libéraux pour tenir le maillage sanitaire...
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Entre la flambée des prix à la pompe et la non revalorisation du tarif des actes, la colère monte chez les infirmiers libéraux. Et ce n'est pas le « bonus territoire ruralité » annoncé par le gouvernement hier, flou dans ses modalités, qui peut satisfaire une profession épuisée.
Par Marie de Greef-Madelin Publié le 23 septembre 2026 à 17h28
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Bruyères-et-Montbérault, 1 400 habitants, à une dizaine de kilomètres de Laon. Une population vieillissante, des patients à domicile toujours plus nombreux, et trois infirmiers libéraux pour tenir le maillage sanitaire du secteur. Deux roulent en véhicule électrique. Le troisième, resté au thermique, fait chaque jour le calcul de ce que lui coûte sa tournée. À la station Carrefour la plus proche, le litre de SP95 s’affiche à 2,319 euros, celui du gazole à 2,41 euros. Des prix qui, mécaniquement, rognent le revenu des infirmiers payés à l’acte, avec un forfait kilométrique en compensation. Antoine, l’un des deux infirmiers passés à l’électrique, parcourt 200 km par jour pour visiter ses patients. « Si j’étais resté au thermique, j’étais foutu, on n’a pas le choix, ce n’est même plus une option », résume-t-il.
90 euros à la pompe tous les deux joursSa collègue Mélanie, installée à Marle, roule encore en voiture thermique. Sa tournée, qui s’étire de 6h15 le matin jusqu’à 19h — avec une pause à 12h30 —, lui fait parcourir 350 kilomètres par jour ! Elle a mis « toutes ses économies » pour acheter une Mercedes Classe B, dont la consommation est de 6 litres aux 100 km. Sa facture de carburant atteint « 90 euros tous les deux jours », dit-elle. Ce matin, elle a appris par l’une de ses patientes que le gouvernement a annoncé hier un « bonus territoire ruralité » de 80 euros pour les infirmiers libéraux parcourant plus de 100 km par jour. « Mais je n’ai aucune info sur ce dispositif », avoue-t-elle. Et pour cause : les modalités d’application ne sont pas encore publiées, et le dispositif ne précise ni la période, ni les justificatifs attendus, ni les modalités de remboursement. En théorie, cette aide devrait bénéficier à 25 000 infirmiers, soit une enveloppe de 2 millions d’euros — 0,5 % à peine du plan de 450 millions d’euros annoncé par Bercy pour amortir la hausse du prix des carburants.
Une indemnité insuffisante de 75 centimesFace à cette réalité, Marion Carrière Attard, infirmière libérale et représentante du collectif des Infirmiers libéraux en colère, réclame une augmentation de l’indemnité de déplacement. Lors d’un entretien accordé à France 2, elle a estimé que cette indemnité, actuellement fixée à 2,75 € brut, doit passer à 3,50 euros pour couvrir les frais engagés : carburant, mais aussi entretien, assurance et utilisation du véhicule.
Plus fondamentalement, cette charge de carburant est à mettre en regard de la facturation des actes. Le prix facturé à un patient pour réaliser une injection intramusculaire, faire un pansement, poser une perfusion, faire une prise de sang… se monte actuellement à 9,05 euros l’acte, se décomposant en 6,30 euros pour le soin et 2,75 euros pour l’indemnité de déplacement. « On a obtenu 6 centimes d’augmentation de nos tarifs, qui n’avaient pas été révisés depuis plus de dix ans », ajoute Mélanie. Le collectif Convergence infirmière calcule qu’il « reste 1,23 euro pour une intervention qui demande 25 minutes », soit moins de 3 euros de l’heure avant toute charge sociale et fiscale. La viabilité économique est impossible.
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Verdict: « Chaque jour, je perds de l’argent », confie Mélanie, mais elle « n’a pas le choix ». « Je ne vais pas décider de moins rouler pour ne plus travailler et ne plus soigner. » Elle visite en moyenne 40 patients le matin et 20 l’après-midi. Si elle décidait de réduire ses tournées, elle mettrait en danger ses patients les plus isolés.