La comédie du néo trentenaire, révélé en 2020 avec un sketch viral filmé au Festival de Montreux, montre son double fictionnel en pleine panne d’inspiration.
La comédie du néo trentenaire, révélé en 2020 avec un sketch viral filmé au Festival de Montreux, montre son double fictionnel en pleine panne d’inspiration.
Déjà en tête des vues sur la plateforme Prime Video, quelques jours après sa mise en ligne, Paul, la série embrasse notre éternel besoin de poilade, à n’importe quel prix, dans une époque morne. Avec cette série clairement autofictionnelle, Paul Mirabel, 1,91 m, le flegme comme arme fatale de la vanne, s’inscrit dans une lignée de comiques qui mettent en scène leur vie créative.
Aux États-Unis, Louis C.K. avait plié le game avec l’excellente Louie (2010-2015), avant que la révélation d’abus en 2017 ne le mette de côté. En France, plusieurs se sont déjà essayé·es eu genre : Éric Judor (Platane), Florence Foresti (Désordres, dont la deuxième saison arrive bientôt) voire Kyan Khojandi avec Bref, en ce qui concerne la saison 2. La reine s’appelle Blanche Gardin, avec La Meilleure version de moi-même (2021), odyssée dure et drôle dans son intimité et ses questionnements.
Paul n’a pas cette force ni la moindre radicalité en elle. Mais la série en six épisodes fait rire, parfois beaucoup. Elle ressemble en cela à son co-auteur et créateur, qui se raconte ici dans les semaines précédant son spectacle Par amour (2024) quand une panne créative le paralyse. Son meilleur pote décide de tourner un documentaire sur ce moment bizarre. Très vite, Paul et lui se retrouvent dans des situations compliquées – comme cette fois où ils terminent la soirée dans un bar d’extrême droite – tandis que l’amour d’adolescence du héros, devenue agente immobilière, refait surface.
Prise de risquesLa romcom s’ajoute au récit de soi, avec la même fluidité que les autres éléments. C’est bête à dire, mais Paul est une série qui glisse, d’une fluidité imparable, au gré de son personnage central sans cesse dépassé par les événements. Les fans de Paul Mirabel le reconnaitront sans problème, découvriront sa famille – dont un frère en situation de handicap –, apprécieront les seconds rôles, comme celui qu’interprète Eva Huault, vue il y a quelques mois au cinéma dans Shana et définition absolue de la scene-stealer (une voleuse de scènes).
Si le but est de faire rire, on peut dire que Paul, la série réussit son coup, même si un sentiment d’inachevé finit par s’immiscer. Il fallait trouver de la matière pour alimenter trois heures de fiction. C’est le cas, au risque de multiplier les zigzags et de n’approfondir que peu de sujets traités. La série traverse à sa manière la France contemporaine, notamment celle de ses communautés (musulmane, juive, gitane), sans que l’on comprenne vraiment où la fine équipe veut en venir, si ce n’est que chacun·e doit rester à égalité dans le récit. À une époque où beaucoup s’expriment depuis un lieu, une construction intellectuelle ou une position sociale, Paul Mirabel impose son point de vue non situé, si ce n’est du haut de son visage qui dépasse de la foule. Une deuxième saison, déjà en marche si on se fie à la dernière scène de l’épisode six, lui permettra peut-être de prendre beaucoup plus de risques.
Paul, la série créée par Paul Mirabel, écrite par Paul Mirabel, Mourad Winter, Yann Gromb et Nathanael Munnich. Réalisée par Antoine de Bary et Nathanael Munnich, avec Paul Mirabel, Abraham Wapler, Marine Leonardi. Disponible sur Prime Vidéo