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Aux jeunes qui manifestent : soyez les bâtisseurs de demain, pas les bénéficiaires passifs du système dont vous héritez…

Дата публикации: 09-10-2026 09:29:10

Issue d’une famille de commerçants liégeois, dont l’entreprise a traversé 125 ans d’histoire et résisté à deux guerres mondiales, ces images me touchent particulièrement. Derrière chaque vitrine, il y a du travail, des risques, des sacrifices et souvent plusieurs générations d’efforts. Rien ne justifie de détruire ce que d’autres ont mis tant de temps à construire. ...

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Une opinion de Florence Humblet, citoyenne liégeoise, mère de famille et entrepreneure

Nous sommes vendredi matin. Je parcours les actualités et découvre l'ampleur des dégâts à Liège. Une ville déjà fragilisée, qui commençait à peine à se relever.

Issue d'une famille de commerçants liégeois, dont l'entreprise a traversé 125 ans d'histoire et résisté à deux guerres mondiales, ces images me touchent particulièrement. Derrière chaque vitrine, il y a du travail, des risques, des sacrifices et souvent plusieurs générations d'efforts. Rien ne justifie de détruire ce que d'autres ont mis tant de temps à construire.

Mercredi, vers 18 heures, je passais par les Guillemins. J'ai vu les jeunes. Puis un véhicule équipé d'un canon à eau de la police fédérale. Derrière, des camionnettes portant l'inscription "Polizei", venues en renfort. La scène m'a mise mal à l'aise et m'a surtout amenée à me demander comment nous en étions arrivés là.

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Peut-être est-ce parce que je suis maman, ou davantage parce que je pense que les jeunes sont ce qu'une société a de plus précieux. Ils sont son avenir.

Nous sommes mortels. Les générations passent. L'humanité, elle, continue parce que chacune transmet quelque chose à la suivante : un savoir, une culture, des institutions, des libertés, mais aussi des dettes, des erreurs et des systèmes qu'elle n'a pas toujours su réformer. Les jeunes sont ceux à qui nous passons le flambeau. Notre responsabilité est de leur donner les outils pour faire mieux que nous.

Je suis rentrée. J'ai lu leurs revendications, leurs inquiétudes, les réformes qu'ils contestaient et les récits des débordements. Derrière la colère, il y a des jeunes qui nous disent que quelque chose ne fonctionne plus. Écoutons-les.

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Leur malaise est réel. Mais y répondre par quelques millions supplémentaires ou quelques économies en moins ne suffit pas. Donnons-leur les outils pour en comprendre les causes et, surtout, l'espoir qu'il existe un autre chemin.

Après la rue, retournons à l'école. Organisons une matinée autour de trois cours : économie, monnaie et Constitution.

Premier cours : l'économie

Commençons par une école de pensée qu'ils ont probablement peu rencontrée : l'école autrichienne. Parlons-leur de Carl Menger, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, de leurs réflexions sur la rareté, les incitations et la responsabilité individuelle.

Et surtout d'une idée fondamentale chez Hayek : la connaissance est dispersée. Aucun pouvoir central ne peut réunir toutes les informations détenues par ceux qui vivent quotidiennement une réalité.

Appliquons cette réflexion à leur école. Qui sait réellement ce dont une classe a besoin : son professeur ou une administration centrale ? Qui connaît le mieux les besoins d'une école : sa direction et ceux qui y travaillent chaque jour, ou celui qui décide à distance ? Et qui doit décider de l'éducation d'un enfant : sa famille et ceux qui l'accompagnent, ou l'État ?

Voilà la question économique que j'aimerais qu'ils apprennent à poser. Pas seulement : "Combien l'État doit-il dépenser ?" Mais aussi et surtout : "Qui doit décider ?".

Deuxième cours : la monnaie

Ensuite, parlons-leur de monnaie. Car la monnaie est au cœur de toute l'économie.

Je défends une conviction : une partie du malaise que ces jeunes expriment trouve sa source bien plus profondément dans notre système monétaire. Ils voient le logement s'éloigner, le pouvoir d'achat s'éroder, la dette publique augmenter et les services publics manquer constamment de moyens. Nous débattons de ces conséquences séparément sans suffisamment interroger leur dénominateur commun : la monnaie.

Ray Dalio décrit ces périodes où l'accumulation de dettes fragilise progressivement l'ordre monétaire, économique et social. Selon son analyse, nous traversons une transformation de cet ordre.

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Expliquons donc aux jeunes la monnaie, sa création, l'inflation, la dette, les taux d'intérêt et surtout la rupture de 1971. Cette année-là, les États-Unis mettent fin à la convertibilité du dollar en or. Depuis, notre système monétaire international repose sur des monnaies dont la création n'est plus limitée par une réserve d'or, mais dont la valeur dépend essentiellement de la confiance dans les institutions monétaires.

Les conséquences des mécanismes monétaires se ressentent au quotidien : le logement devient moins accessible, l'épargne perd de son pouvoir d'achat et les salaires peinent parfois à suivre. Une fracture se creuse entre ceux qui détiennent des actifs, dont la valeur peut augmenter avec l'expansion monétaire, et ceux qui ne disposent que de leur temps et de leur travail pour gagner leur vie.

Ce sont précisément ces mécanismes que les jeunes devraient apprendre à comprendre. Car tant que nous ne comprenons pas le système monétaire, nous risquons de discuter des symptômes sans remonter à certaines de leurs causes profondes.

Troisième cours : la Constitution

Enfin, ouvrons notre Constitution. Pas comme un vieux document à apprendre pour réussir un examen, mais comme l'héritage vivant de générations qui se sont battues pour les libertés dont nous jouissons aujourd'hui.

Des hommes et des femmes ont risqué leur liberté, parfois leur vie, pour que les générations suivantes puissent parler, contester le pouvoir, s'associer, manifester et choisir leur avenir. Ces jeunes viennent précisément d'exercer l'une de ces libertés.

Apprenons-leur aussi qu'une liberté n'existe jamais seule. Avec la liberté vient la responsabilité. La liberté de manifester implique de respecter les autres. La liberté de contester implique celle d'écouter. La liberté de choisir implique d'assumer les conséquences de ses choix.

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Puis ouvrons l'article 24 : "L'enseignement est libre." Trois mots auxquels nous devrions redonner toute leur force. Si l'enseignement est libre, jusqu'où l'État doit-il l'organiser ? Garantir l'accès à l'éducation ne signifie pas nécessairement décider de tout.

Donnons davantage d'autonomie aux établissements, de liberté aux enseignants et de choix aux familles. Réfléchissons aussi à un financement public qui suivrait davantage l'élève que la structure.

La Suède expérimente depuis les années 1990 un système de choix scolaire dans lequel le financement suit l'élève. Le modèle est débattu et critiqué. Justement : étudions-le. Comparons ses résultats, ses réussites et ses limites. Car liberté et solidarité ne sont pas des contraires. Et liberté et responsabilité doivent avancer ensemble.

Voilà le message d'espoir que je voudrais leur transmettre. Vous avez raison de nous dire que quelque chose ne fonctionne plus. Mais votre avenir ne dépend pas uniquement de ce que l'État décidera de vous donner ou de vous retirer.

L'État doit protéger les libertés, garantir les droits et l'accès à l'éducation. Cela ne signifie pas qu'il doive tout organiser. Moins de centralisation peut signifier davantage de confiance : aux enseignants, aux directions, aux familles et surtout aux jeunes.

Car nous ne devons pas former une génération qui attend de l'État la solution à chaque problème. Nous devons former des bâtisseurs. C'est cela, transmettre le flambeau.

Vous avez manifesté. Nous vous avons entendus.

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Maintenant, comprenez l'économie et la monnaie. Ouvrez la Constitution. Interrogez-vous sur la place de l'État dans la société : ce qu'il doit garantir, ce qu'il doit organiser et ce qu'il doit laisser aux individus, aux familles et à la société civile. Puis faites vos propres choix.

Notre rôle n'est pas de vous apprendre quoi penser, mais de vous donner les connaissances, la liberté et la responsabilité pour penser par vous-mêmes.

Ne soyez pas les bénéficiaires passifs du système dont vous héritez. Soyez ses prochains bâtisseurs.

→ Titre de la rédaction. Titre original : "Aux jeunes qui manifestent : soyez les bâtisseurs de demain"


Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.

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