On ne demande plus si ce que disent les jeunes en colère est fondé, mais qui les fait parler. Or ce qui compte, c’est la capacité d’examiner, d’argumenter, de répondre, et le préalable est l’écoute. ...
Une opinion de Lionel Jonkers, historien et professeur de religion catholique
J'entre en classe et, avant même que j'aie posé mes affaires, des élèves me parlent des manifestations de ce jeudi dernier à Liège, qu'ils ont suivies sur leurs écrans pendant le temps de midi. Une idée a germé en eux : "Que peut-on faire pour vous aider ? Nous aussi, on voit, on vit, on en conclut quelque chose". Je n'ai pas su répondre. J'ai seulement murmuré : "J'ai peur qu'on vous accuse d'être instrumentalisés". Cette phrase me poursuit : j'y ai entendu ma propre inquiétude, et elle m'a fait honte.
Or ce mot, "instrumentalisés", circule depuis que leurs expressions, dans le sillage du mouvement français, ont dégénéré. Je comprends le souci de protection qu'il traduit, et la violence est inacceptable. Mais le mot ne protège pas : il déplace. On ne demande plus si ce que disent ces jeunes est fondé, mais qui les fait parler. De plus, il est irréfutable, puisque la parole qui nous agrée est "autonome" et celle qui nous heurte "manipulée". Enfin, il suppose des têtes vides qu'un adulte habile n'aurait qu'à remplir.
La colère de mes élèvesCe soupçon n'est pas neuf. Les Évangiles connaissent déjà la scène : des enfants crient dans le Temple, les grands prêtres s'indignent, et Jésus répond : "N'avez-vous jamais lu : de la bouche des enfants et des nourrissons tu as tiré ta louange ?" (Mt 21,16). Ce qui blesse les notables, ce n'est pas le contenu du cri, c'est qu'il se fasse entendre là où on ne l'attend pas. Luc le dit autrement : si les disciples se taisent, les pierres crieront (Lc 19,40).
Kant a vu pourquoi on l'étouffe : la minorité dont il faut sortir se prolonge volontiers grâce à des tuteurs bienveillants. J'ai eu la chance de grandir ailleurs. Notre aumônier scout, passé par la JOC, le MOC et la CSC, ne nous demandait pas d'avoir raison, mais d'être sérieux : partir de ce que nous vivions, accepter d'être contredits. Je lui dois d'avoir su que ma parole comptait, et que cela m'engageait.
Apprendre aux élèves à se battre est infiniment respectableC'est à cette école que j'écoute aujourd'hui la colère de mes élèves. D'où vient-elle ? En Fédération Wallonie-Bruxelles, la crise de l'école est la pointe visible d'une crise de société plus large, qui peine à se régénérer et donc à transmettre. Les 254 élèves avec qui je discute régulièrement n'ont rien d'une foule crédule : ils voient des enseignants épuisés, constatent le silence de ceux qui décident, savent que la vie coûtera plus cher. Ce n'est pas de la manipulation, c'est de la lucidité. Salomé Saqué le montre bien : on reproche aux jeunes leur désintérêt, puis on leur demande de se taire quand ils s'engagent. Ce n'est donc pas la parole qui manque, c'est le crédit qu'on lui accorde.
Distinguer colère et violenceEncore faut-il distinguer cette colère de la violence : la première signale que quelque chose d'essentiel est blessé, la seconde naît quand personne ne l'a accueillie. Et si l'on s'indigne des vitrines brisées, on peut aussi regarder les violences structurelles et symboliques, qui ne font jamais la une parce qu'elles sont respectables. Cette parole a-t-elle alors des limites ? Certainement : elle est située, parfois approximative. Mais celle des adultes l'est tout autant, et si l'influence disqualifiait, plus personne ne pourrait parler. Ce qui compte, c'est la capacité d'examiner, d'argumenter, de répondre, et elle ne se forme qu'après l'écoute. Reste une question inconfortable : n'accueillons-nous cette parole que lorsqu'elle conforte notre idée de l'ordre ? Ce serait n'aimer que notre écho.
C'est là qu'Hannah Arendt nous éclaire : elle voyait dans chaque naissance la possibilité d'un commencement, et demandait si nous aimons assez nos enfants pour ne pas leur retirer la chance d'entreprendre quelque chose de neuf. Mes élèves m'ont demandé ce qu'ils pouvaient faire pour nous aider. Je leur dois une réponse : qu'ils parlent, et que nous écoutions. Si ce qu'ils nous renvoient nous dérange, ce n'est pas le miroir qu'il faut briser.
Les textes qui paraissent dans la rubrique Débats sont des contributions externes, qui n'engagent pas la rédaction.
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Ils bloquent l’école. Qui leur répond ? | 0 | 6.78 | 12-10-2026 |
| 2 | Скулшутинг: ложные кумиры | 0 | 8.62 | 20-07-2026 |
| 3 | О чем ты молчишь: 5 вопросов, которые помогут достучаться до подростка | 0 | 10.28 | 18-09-2026 |
| 4 | 👉5 токсичных фраз педагога 👈 И как их можно заменить ... | -1 | 7.01 | 31-08-2026 |
| 5 | «Он меня не слышит или я уже разговариваю с мебелью?» ... | 0 | 7.14 | 29-07-2026 |
| 6 | «¿Por qué mi hijo siempre está en el banquillo?»: cómo abordar al entrenador del niño sin armar follón | 0 | 5 | 30-05-2026 |
| 7 | «¿Por qué mi hijo siempre está en el banquillo?»: cómo abordar al entrenador del niño sin armar follón | 0 | 7 | 30-05-2026 |
| 8 | Разверни 👇👇👇 1. 👂 73% мам и пап не видят, ... | 0 | 10.12 | 28-07-2026 |
| 9 | Как научиться сдерживаться и не кричать на ребенка. Семь советов | 0 | 5 | 14-10-2025 |