Les commerces traditionnels indépendants disparaissent à Agen, des institutions prises en étau par les nouveaux modes de consommation et la désaffection de la ville. Toujours un pan d'histoire qui s'achève. La...
l'essentiel Les commerces traditionnels indépendants disparaissent à Agen, des institutions prises en étau par les nouveaux modes de consommation et la désaffection de la ville. Toujours un pan d'histoire qui s'achève. La boutique Etc...Ect située sur le boulevard de la République, fermera en fin d'année. Une décision qui est un choix personnel.
Les mauvaises nouvelles se succèdent dans le paysage commercial agenais. Jules est parti en zone O'Green à Boé, Muy Mucho a disparu tout comme Claire's, Bijou Brigitte, Jennyfer, Bouchara, S2 Sneakers Specialist. Jacqueline Riu, qui avait pignon sur rue depuis 1998, fermera en fin d'année. Le Lieu a choisi de s'installer en Zone Sud et il revit. La Brioche Gourmande, autre sentinelle du boulevard depuis 1981 qui s'appelait jusqu'en 2013 Le Comptoir Pâtissier, vient de baisser définitivement son rideau. Porte close également pour l'enseigne thaïlandaise Pitaya. Le centre-ville se désertifie et resserre de plus en plus géographiquement son offre commerciale.
Autre départ annoncé, la boutique de maroquinerie Etc...Ect, spécialisée dans les sacs, bagages et accessoires de marques Longchamp, Lancel, Darel, s'apprête aussi à tirer sa révérence en décembre. À regret. Une liquidation de son stock avec un rabais est actuellement en cours. Cette enseigne pérenne qui aura connu trois gérants successifs, incarnait une valeur sûre de la maroquinerie et ce secteur est sacrément en voie d'extinction sur la place d'Agen, à l'exception d'Oliron.
Un quotidien devenu compliquéAprès bientôt 23 ans d’activité, Thierry Puel envisage la fermeture de son magasin. Entre les achats sur Internet ou en seconde main, la fréquentation irrégulière et les difficultés de stationnement en centre-ville, le commerçant décrit un quotidien devenu compliqué et préfère fermer par choix délibéré, tant qu'il en est encore temps.
En 2004, Thierry Puel reprenait ce magasin installé au 53 boulevard de la République. Une enseigne solide tenue par son épouse Béatrice. Après le Covid, un rebond d’activité était constaté la première année. Mais les habitudes de consommation ont changé. « Le Covid a appris aux gens à vivre sur Internet», affirme-t-il. Depuis 3-4 ans, le chiffre d'affaires est en sérieuse perte de vitesse.
Aujourd’hui, la fréquentation varie beaucoup du lundi au samedi. « Il n’y a pas de règle. Des fois, il y a du monde, des fois, pas grand monde ». Le lundi n’est pas forcément une mauvaise journée. « On est une des rares boutiques indépendantes ouvertes le lundi. Les gens viennent pour un achat de dernière minute, pour faire un cadeau à leur femme pour un anniversaire ou une occasion spéciale. »
L'attractivité du centre-ville a également été affectée par les difficultés de stationnement liées aux nombreuses phases de travaux propres au réseau de chaleur urbain. Il indique, en revanche, ne pas avoir suffisamment de recul par rapport à la gratuité des deux heures de stationnement sur voirie, mises en place le mercredi et le samedi. « Mais à mon sens, cela arrive un peu trop tard ». La dévitalisation commerciale joue à plein avec un pouvoir d'achat réduit à peau de chagrin. Autre constat implacable, les personnes présentes en ville ne sont pas nécessairement là pour acheter. « Ce sont des gens qui viennent se promener, mais pas vraiment des consommateurs », observe-t-il.
Les magasins traditionnels gravés dans la mémoire collective des habitants depuis des décennies et qui sont parfois les héritages de longues lignées familiales, s'effacent aussi avec le départ d'une certaine génération de commerçants et de commerçantes. À l'image d'Anne-Marie Laborie, la chapelière du "Magasin vert", dans le droit fil de sa mère et de sa grand-mère, cessera son activité à l'entrée de l'hiver. Elle espère un repreneur de sa boutique et show-room au charme délicieusement suranné. Elle cède par la même occasion les meubles de mercerie en chêne de Hongrie fabriqués par une société qui travaillait sur des cabines de bateaux.