La dernière création de Tiphaine Raffier sur la fin de vie était l’un des chocs du dernier Festival d’Avignon et le meilleur prétexte pour plonger dans la rentrée théâtrale.
La dernière création de Tiphaine Raffier sur la fin de vie était l’un des chocs du dernier Festival d’Avignon et le meilleur prétexte pour plonger dans la rentrée théâtrale.
Laure, la petite quarantaine, est condamnée par un cancer foudroyant. C’est une question de semaines. De jours, peut-être. Autour d’elle, entre les murs d’une maison familiale quelque part en province, ses frères et sa sœur se sont réunis pour l’accompagner dans la mort, aussi loin que possible, pour faire face, décider des soins – palliatifs ou euthanasie ? –, organiser les démarches administratives, respecter les désidératas de l’intéressée, assister à son agonie, lui tenir la main, composer avec leur propre solitude, leurs propres angoisses. Une situation à la fois banale et vertigineuse, à la lisière du sociétal et de l’existentiel, comme en a l’habitude la metteuse en scène et autrice Tiphaine Raffier, responsable, entre autres, du renversant La Réponse des hommes (2020).
Aucun happy end en vue, évidemment. Plutôt une expérience de pensée qui mêle l’empathie et la hauteur de vue. Ces femmes et ces hommes font ce qu’ils peuvent. À sa façon, chacun·e pète un câble. Et puis chacun·e a ses raisons. Certaines sont plus légitimes que d’autres, mais, en fin de compte, rien n’est idéal. Il faut les voir, ces hommes et ces femmes, s’épuiser à trouver des solutions dans l’impasse de leur propre finitude.
De l’humour noir et des comédien·nes d’exceptionFidèle à sa démarche philosophique, l’artiste fait sauter nos préjugés. Nous avons affaire à une metteuse en scène qui problématise. Le résultat pourrait être un brin scolaire si Tiphaine Raffier n’instillait pas cette pointe d’étrangeté qui déplace le regard (de l’autre côté de la fenêtre, quelqu’un épie la famille), si l’humour noir ne venait pas désamorcer les souffrances (le comédien Thomas Gonzalez, comme toujours, fait des miracles), si les situations dans lesquelles elle plonge ses personnages ne produisaient pas d’aussi belles images de théâtre (que nous ne dévoilerons pas ici).
L’Hors-présence ou chimères au pays de Morsan, texte et mise en scène par Tiphaine Raffier, avec Emma Bolcato, Teddy Chawa, Thomas Gonzalez, Paula Luna, Édith Mérieau, Catherine Mestoussis, Thierry Paret et Adrien Rouyard. Du 23 septembre au 10 octobre au Théâtre Nanterre-Amandiers, Nanterre.