Des collectivités "hors la loi". Des gens du voyage qui s'installent où ils veulent. Les occupations illégales de terrain sont amenées à se reproduire autour de Castres et Mazamet dans les prochaines années, au risque...
l'essentiel Des collectivités "hors la loi". Des gens du voyage qui s'installent où ils veulent. Les occupations illégales de terrain sont amenées à se reproduire autour de Castres et Mazamet dans les prochaines années, au risque de faire monter la tension entre la communauté et les habitants. La raison ? Les collectivités du sud du Tarn ne remplissent actuellement pas leurs obligations sur la question de l'accueil des grands passages. Et cela risque de prendre du temps d'y pallier. Voici tout ce qu'il faut savoir sur ce dossier épineux et hautement polémique.
Des dizaines de caravanes installées, en toute illégalité, sur un terrain de football, ou sur le parking d'un commerce : la situation, dans le Tarn, n'est pas inédite. Mais, on l'a vu ces derniers mois, la situation a pris un tour plus polémique et, disons-le, plus politique, à Castres, où la problématique de l'accueil des gens du voyage sur la commune a pris une tournure inextricable.
Les derniers faits en date : début juin, des dizaines de caravanes s'installaient à Castres, sur les terrains de foot et de rugby de la Borde Basse. La mairie en appelait à l'État pour les faire expulser, saisissant le tribunal administratif. Ce dernier répondait une douzaine de jours plus tard, annonçant que les gens du voyage avaient 48 h pour partir, ce qu'ils faisaient... à la date qu'ils avaient annoncée dès leur arrivée. Et c'est bien là le problème autour de la problématique de l'accueil des voyageurs dans le Tarn Sud : le serpent administratif se mord la queue, rendant toute expulsion en urgence impossible.
"Nous devons nous mettre en conformité !"
La question de l'implantation de l'aire d'accueil des gens du voyage dans le sud du Tarn n'est pas réglée.
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Car le Schéma Départemental d'Accueil des Gens du voyage est très clair : le Tarn Sud, à l'image de son voisin du nord, doit mettre à disposition une aire d'accueil pour les "grands passages" sur son territoire. Et c'est la commune de Castres qui a été choisie pour l'accueillir. Sans cette aire, prévue dans le Schéma dès 2022, le territoire du Tarn Sud n'est "pas dans les clous" de la loi. Impossible, donc, pour l'État d'ordonner des expulsions en cas d'installations illégales. Olivier Fabre, président de la communauté d'agglomération Castres Mazamet, explique : "On peut penser ce que l'on veut de cette loi, mais nous devons nous mettre en conformité pour sécuriser les maires, et permettre les expulsions en cas d'installations illégales !"
Quel terrain pour l'aire d'accueil ?Une aire d'accueil donc, sur Castres, mais à quel endroit ? Les discussions vont bon train. D'après nos informations, un compromis semblerait se dessiner, à la frontière du Causse, non loin de l'actuelle aire de la Vivarié. Florian Azéma, le maire de Castres, précise : "Plusieurs options ont été évoquées dont une qui pourrait concerner la ville de Castres, mais rien n’est pour l’instant acté, les discussions se poursuivent. Je serai pour ma part extrêmement vigilant quant aux conditions d’octroi de ce terrain éventuel et des modalités d’installation sur celui-ci, notamment en ce qui concerne les dispositifs de sécurité et bien entendu de coûts." La question est importante, à Castres : "La récente occupation par une centaine de caravanes des terrains de La Borde Basse a coûté plus de trente mille euros à la commune et a privé plus de huit cents jeunes de leurs compétitions de rugby. Les Castrais n’ont pas à payer la facture. Il est impératif à nos yeux que la loi soit respectée, et qu’une solution durable soit trouvée."
Des expulsions impossiblesC'est en cours. Mais en attendant, les occupations "sauvages", illégales, sont amenées, mécaniquement, à se répéter. Car, Olivier Fabre l'explique, "l'été 2028 est déjà une date ambitieuse" pour que la nouvelle aire soit construite et que le territoire soit enfin dans les clous. Se mettre d'accord sur un terrain, lancer les travaux, les réaliser, tout cela dans le "temps administratif" des travaux publics... 2028 est ambitieux, et 2029 semble une date plus raisonnable. Normalement, des aires d'accueil "tournantes" doivent recevoir d'ici là les "grands passages" qui traversent le Tarn. Ce sont les Communautés de Communes du Lautrécois-Pays d’Agout pour 2026, de Tarn Agout pour 2027, et Thoré Montagne Noire pour l’année 2028 qui sont censées les accueillir. Or, ces collectivités n'ont pas forcément l'envie, ou la possibilité, de le faire. Les voyageurs non plus, qui privilégient Castres, voire Mazamet pour s'installer. On pourrait donc solliciter l'État pour les expulser et les forcer à se rendre sur ces aires d'accueil tournantes ? Non, souvenez-vous : il n'y a pas d'aire d'accueil permanente, on ne peut donc pas les expulser.
Les discussions se poursuivent, mais, en attendant, le serpent va continuer à se mordre la queue, au moins jusqu'en 2028.