Alors que les prix des carburants pèsent sur le budget des automobilistes, certains cherchent des solutions pour réduire la facture. Au nord d’Auch, un garagiste raconte avoir notamment entretenu une Peugeot 205...
l'essentiel Alors que les prix des carburants pèsent sur le budget des automobilistes, certains cherchent des solutions pour réduire la facture. Au nord d’Auch, un garagiste raconte avoir notamment entretenu une Peugeot 205 diesel fonctionnant à la graisse de canard. Une pratique insolite, mais qui n’est pas sans risques pour les moteurs et leurs propriétaires. Témoignage.
Une Peugeot 205 pas vraiment comme les autres. Alors que les prix des carburants s’envolent depuis plusieurs mois, avec un litre de gazole avoisinant les 2,40 € et un litre de sans-plomb 95 autour de 2,25 €, certains automobilistes rivalisent d’imagination pour alléger la facture à la pompe. Huile de friture, graisse de canard ou encore gazole non routier (GNR)... Les alternatives évoquées sont parfois surprenantes. Mais toutes ne sont pas autorisées et certaines peuvent sérieusement endommager les véhicules.
Dans une commune située au nord d'Auch, un garagiste, qui a souhaité conserver l'anonymat, se souvient notamment d'une voiture particulièrement originale passée entre ses mains. "Vous voyez ce que c'est, une 205 ? Eh bien, je me suis occupé, il y a quelque temps, d'un modèle diesel qui roulait à la graisse de canard !", raconte-t-il, amusé. Et contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le véhicule fonctionnait bel et bien. "Elle roulait et elle roule toujours. Mais ce qui nous avait surtout marqués, c'était l'odeur qu'elle dégageait derrière elle !"
Une expérience insolite qui présentait néanmoins certaines limites. "Dès qu'il commence à faire froid, ce n'est plus possible. La graisse se fige. Certains arrivent à faire tourner des moteurs avec de l'huile, mais ce n'est pas conseillé", prévient le professionnel.
Des économies qui peuvent coûter cherLa graisse de canard n'est d'ailleurs pas la seule alternative rencontrée par ce mécanicien. L'huile de colza fait également partie des produits parfois utilisés pour alimenter certains anciens moteurs diesel.
Mais attention aux confusions. Contrairement au bioéthanol, destiné aux moteurs essence compatibles, les huiles végétales ne constituent pas un carburant adapté à tous les véhicules. Leur utilisation peut entraîner des problèmes d'injection, d'encrassement et de démarrage, notamment lorsque les températures baissent.
Pour les automobilistes roulant à l'essence, le bioéthanol E85 représenterait une autre piste. Le garagiste appelle toutefois à la prudence face aux conseils qui circulent sur Internet.
"On voit tellement de tout et de n'importe quoi. L'éthanol peut provoquer des problèmes sur les moteurs qui ne sont pas préparés", explique le garagiste. Il attire notamment l'attention sur les bougies d'allumage et l'entretien des véhicules. En effet, tous les moteurs ne sont pas conçus pour fonctionner avec une forte proportion d'éthanol. Son utilisation nécessite une compatibilité du véhicule ou une adaptation homologuée. Un simple mélange réalisé à la pompe ne garantit donc ni le bon fonctionnement du moteur ni sa conformité réglementaire.
"C'est de la folie en ce moment"Si certains cherchent à contourner les prix à la pompe, les professionnels de l'automobile subissent eux aussi les augmentations. Et pas seulement concernant les carburants. "Depuis le début de l'année, le même fût d'huile que j'achetais en janvier a pris 300 euros de plus", assure le garagiste. Un surcoût considérable pour un contenant d'environ 200 litres, qui se répercute inévitablement sur les prestations d'entretien.
"C'est de la folie en ce moment. Même pour nous, et finalement pour les clients, puisqu'on est obligés de répercuter ces augmentations", regrette-t-il. Une hausse parfois difficile à percevoir pour les particuliers. "Un moteur Peugeot contient en moyenne autour de quatre litres d'huile. Mais certains gros moteurs peuvent en nécessiter sept ou huit. Tout ce qui est dérivé du pétrole devient catastrophique", estime le professionnel.
Reste que les carburants de substitution improvisés ne constituent pas nécessairement une solution économique. Entre les risques de panne, les réparations potentielles et les sanctions encourues en cas d'utilisation non autorisée, la facture peut rapidement dépasser les économies réalisées. Quant à la fameuse 205 à la graisse de canard, elle aura au moins laissé un souvenir impérissable dans ce garage gersois. Et une odeur pour le moins inhabituelle sur son passage.
Ces astuces ne sont pas sans conséquences. En France, l'utilisation de carburants alternatifs est strictement encadrée. Si le bioéthanol E85 est autorisé pour les véhicules compatibles ou correctement équipés, verser directement de l'huile de friture, de l'huile de colza ou de la graisse animale dans le réservoir d'une voiture particulière ne bénéficie pas d'une autorisation générale. Des dérogations et des dispositifs spécifiques existent néanmoins, notamment pour certaines activités agricoles et les huiles alimentaires usagées valorisées.